DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE QUATRIÈME
si nous les avions; l'aimer avec des millions de cœurs; nous devrions donner des millions de vies plutôt que de le contrister par une faute légère, désirant uniquement lui être agréable et avoir une place dans son cœur. Comme dit le roi Athalaric à son aïeul adoptif l'empereur JustU nien : * Mettez-moi dans votre âme, puisque j'ai obtenu l'héritage royal ; ce que j'estime plus que le royaume, c'est de contenter un si grand empereur 1 »; ainsi nous devons dire à Dieu : * Je voudrais avoir une place dans votre cœur et sortir de moi-même pour vous servir; car je fais plus de cas de contenter un si bon père que de posséder même le royaume du ciel que vous me promettez pour héritage. »
Nous ne devons pas nous contenter d'avoir pour Dieu un amour filial ; il faut que nous fiassions des œuvres dignes d'enfants d'un tel père. Varron disait, au rapport de saint Augustin : * C'est une chose avantageuse à l'État que le? hommes d'un grand cœur se croient, même faussement, les enfants de Dieu. Exaltée par le sentiment d'une origine si haute, l'âme conçoit avec plus d'audace de grands desseins, les exécute avec plus d'énergie et les conduit à leur terme avec plus de succès 2 . » Ce ne fut pas un médiocre avantage pour Alexandre le Grand d'être considéré comme le fils d'une fausse divinité. Il put par là réaliser les plus excellents desseins. Que ceux donc qui sont en état de grâce se glorifient d'être , en toute vérité , les enfants de Dieu, et qu'ils 's'efforcent de faire des œuvre . dignes de leur Père céleste. Le roi Théodoric, voulant encourager quelqu'un qu'il venait d'adopter à faire des œuvres dignes d'un fils de roi, lui adressa ces paroles : * La personne qui vous adopte est telle que sa race doit vous faire trembler. *
« Cassiod, lib. VII ,i.
» lib. III. De Civit., cap. iv.
âme sainte ! celui qui vous adopte est tel que sa grandeur et sa nature infinies devraient vous faire trembler. Ce n'est pas un roi de la terre, ni un descendant d'Hercule, ni une fausse divinité : c'est Dieu lui-même, devant qui les anges tremblent et les colonnes du ciel sont ébranlées. Le Monarque tout-puissant de l'univers, le Dieu véritable, voilà celui qui vous adopte. Faites donc des œuvres dignes de Dieu ; tremblez de commettre même un péché véniel. Que cette seule idée vous glace de frayeur. Celui qui est l'enfant du Très-Haut ne doit pas avoir de pensées basses ; ni celui qui est l'héritier du ciel, des pensées terrestres; ni celui qui est divin, des pensées humaines. Écoutons les paroles que Dieu lui-même adresse à ceux qui sont en état de grâce : * Je l'ai dit : vous êtes des dieux, et vous êtes tous les fils du Très-Haut. » Celui qui est l'enfant d'un si grand Seigneur doit avoir des pensées élevées et accomplir des œuvres très-nobles. Répétons sans cesse ce que disait le Père Balthazar Alvarez, cet homme si grand, si divin : « Ne dégénérons pas des sentiments magnanimes des enfants de Dieu. > Nous sommes les enfants de Dieu; nous devons pour cette raison nous regarder comme des dieux; car par la grâce nous participons à la nature divine, et nous sommes une nouvelle œuvre, une nouvelle créature de Dieu, qui habite dans les justes, d'une manière bien plus excellente que ne l'a imaginé Épictète. Et cependant ce philosophe a fait cette remarquable exhortation, digne d'être écoutée avec respect par tous les chrétiens, et bien capable de les faire rougir à la pensée qu'un païen a parlé mieux qu'ils n'agissent : « Vous êtes >, dit-il, « des êtres très-importants, émanés de la nature divine dont vous participez en vous-mêmes; pourquoi ignorez-vous votre famille et votre race? Ne savez-vous pas d'où vous êtes venus ? Pourquoi ne voulezvous pas vous rappeler, lorsque vous mangez, qui vous êtes, vous qui mangez, et quel être vous nourrissez? Et