‹ La prix de la graceChapitre 142 sur 221 · DEUXIEME PARTIE.- CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

DEUXIEME PARTIE.- CHAPITRE QUATRIÈME

quand vous vivez au milieu des autres, et que vous conversez avec les hommes, quand vous vous exercez, quand vous discourez, vous ne savez pas que vous nourrissez un Dieu , que vous remuez un Dieu , que vous portez avec vous un Dieu? Vous ignorez cela, malheureux! Pensezvous que je parle ici d'une image d'or ou d'argent que vous ayez extérieurement avec vous? Non, mais je dis que, au dedans de vous, vous portez Dieu, et que vous ne le sentez pas; que vous le profanez par des pensées peu pures, des actions basses et honteuses. Si vous aviez une image de Dieu devant vous, vous n'oseriez pas agir ainsi. Et Dieu étant présent au plus intime de vous-mêmes, comment donc n'avez-vous pas honte de penser et de faire de .telles choses, oubliant votre sublime nature i ? » O vous qui êtes en état de grâce, reconnaissez donc votre dignité; considérez que Dieu est en vous, et que vous êtes l'enfant de Dieu; ne faites pas vous-même la chose que vous prendriez pour un affront, si elle était faite par un autre devant vos yeux. Voyez ce que vous êtes; voyez ce que vous serez. Vous êtes le fils de Dieu et l'héritier du ciel. Ayons donc toujours cette pensée gravée dans notre âme. « Repassons continuellement ces vérités dans notre cœur » , dit Te pape saint Sixte; * méditons-les le jour et la nuit. C'est une chose merveilleusement grande d'être l'enfant de Dieu; avoir le ciel après la terre, n'est-ce pas un bonheur infini? Et la possession de la vie éternelle, quelle richesse, quel trésor incomparable! Être tout resplendissant de l'éclat du soleil surpasse toute clarté , et régner avec Dieu est au-dessus de toute noblesse; ce que nous croyons est inénarrable , et ce que nous espérons est immense 2 . »

Qu'il se connaisse donc celui qui est en état de grâce; qu'il se respecte lui-même, et qu'il répète souvent dans son

1 ÀRRI4N, lib. II , c. vin.

» Epiât. De mali* doct.

cœur : Je suis l'enfant de Dieu , je ne dois pas foire les œuvres du démon; je suis l'enfant de Dieu, je ne dois pas m'abaisser à des plaisirs grossiers; je suis l'enfant de Dieu, je ne dois pas estimer les honneurs des hommes; je suis l'enfant de Dieu, je suis plus grand que le monde; je suis l'enfant de Dieu, ce qui est moins que Dieu ne peut me plaire; je suis l'enfant de Dieu, je ne dois point préoccuper mon cœur de ce qui n'est pas divin ; je suis l'enfant de Dieu, dans une si haute position les richesses et les dignités de la terre ne peuvent être pour moi que du fumier; je suis l'enfant de Dieu, quelle honte pour moi si, possédant un tel honneur, j'allais faire cas de l'honneur du monde! je suis l'enfant de Dieu, ma noblesse me défend d'accepter de vils plaisirs; je me suis confessé, je dois changer de vie; je suis l'enfant de Dieu, je dois l'être éternellement. Cette pensée doit servir comme de bouclier pour résister à tous les traits des tentations du monde et de la chair. Quand la gourmandise vous presse, répondez: Je suis l'enfant de Dieu, comment me ferai s-je un dieu de mon ventre ? Je suis né pour quelque chose de plus grand que pour être l'esclave d'une chose si vile. Quand la chair vous sollicite , répondez : Je suis l'enfant de Dieu , comment me rendrais-je l'esclave des affections déréglées? Quand le démon vous tente par l'ambition, répondez : Je suis l'enfant de Dieu, l'héritier du ciel, et je me ferais l'enfant de Lucifer ! J'ai droit au royaume de Dieu , et tous les honneurs de la terre sont peu de chose pour moi ; l'honneur est en soi un peu de fumée; qu'est-ce que cela auprès de ma dignité? Quand l'avarice vous tente, vous offrant l'appât des richesses, ou des commodités superflues de Ta terre, répondez : Je suis l'enfant de Dieu, je dois hériter de Dieu, cela me suffit; je veux m'assurer la possession de cet héritage, je ne veux pas avoir sur la terre ce qui peut m'enlever les richesses du ciel; je suis l'enfant de Dieu; élevé à cet honneur suprême, je ne veux

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