‹ La prix de la graceChapitre 143 sur 221 · DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE QUATRIÈME

pas en descendre ni me ravaler; je suis l'enfant de Dieu après avoir été l'esclave du, démon; mais le démon ne me verra plus entre ses mains; je suis l'enfant de Dieu, et autant j'ai été mauvais, autant je* veux m'efforcer d'être bon; je suis l'enfant de Dieu, et je dois le remercier éternellement de ce qu'étant son ennemi et l'esclave du démon, il m'a accueilli pour être son fils. Je ne retournerai jamais dans les mains de ce maître maudit; j'ai trouvé un bon père, puisque, si mauvais que j'étais, j'ai cependant été adopté par lui.

Avec quel amour nous devons conserver au fond de nos cœurs le souvenir du bienfait que le Seigneur nous a accordé en nous adoptant pour ses enfants, nous qui étions si loin de le mériter, puisque nous étions les esclaves de Satan! * Un roi ne daigne pas » , dit saint Chrysostôme, « recevoir pour soldats ceux qui sont de basse condition, et Dieu ne dédaigne pas de recevoir pour ses enfants les publicains, les esclaves, et même ceux qui sont au-dessous de cette classe. » Dieu fait plus , il adopte pour ses enfants nonseulement les esclaves des hommes, mais les esclaves du démon. Soyons-lui donc reconnaissants pour une faveur si inespérée, et plus nous sommes descendus bas, plus nous devons remonter haut ; plus nous avons servi le démon, plus nous devons servir Dieu. Une fontaine coule d'autant plus qu'elle descend davantage. Nous tombons du ciel, c'est jusqu'au ciel qu'il nous faut remonter. C'est pour cela que Notre- Seigneur a appelé la grâce une eau qui jaillit jusque dans la vie éternelle. Le père de notre chair, Adam, nous a abaissé jusqu'à l'enfer; et de l'enfer, le père de notre esprit, Jésus, nous a élevés jusqu'au ciel. De quel père devons-nous faire cas d'être les enfants? est-ce du père terrestre ou du père céleste? Puisque nous avons porté l'image de notre père terrestre, portons l'image de notre père divin. Que Jésus-Christ, pour notre bien, soit au moins autant qu'Adam a été pour notre malheur. Dépouil-

lons-nous de la laideur du vieil homme, et revêtons-nous de la beauté de l'homme nouveau, rétablissons en nous l'image de Dieu et de notre Père. Si nous faisons cas d'être les enfants de Dieu, ressemblons à Dieu. Dieu est saint par essence, soyons saints par la grâce; Dieu est bon par sa nature , soyons bons par nos œuvres ; Dieu est impeccable, soyons justes; Dieu est immuable, soyons constants; Dieu est tout-puissant pour notre salut, soyons énergiques pour son service; Dieu est le roi de l'univers, faisons nos efforts pour régner dans le ciel qui nous appartient. Si nous sommes les enfants de notre Père céleste, nous n'échangerons pas cet honneur pour être condamnés à l'enfer. Voici un homme de basse condition qu'un roi adopte et élève aux plus grands honneurs. Ne regarderiez-vous pas cet homme comme absolument dépourvu, de raison, s'il refusait de changer ses habitudes , et si, à la première occasion, il jetait loin de lui la pourpre royale, pour se vendre comme esclave à des Turcs qui devraient le maltraiter et le rouer de coups tous les jours? Un être si insensé serait pourtant moins fou que celui qui, après s'être confessé, commet de nouveau un péché mortel ; car étant adopté de Dieu, il commet une action bien plus infâme, bien plus vile et bien plus maudite, en jetant la grâce comme une chose méprisable, et en se vendant comme esclave à Satan qui l'achète pour le tourmenter éternellement. Tout le genre humain devrait avoir honte de ce qu'il se trouve dans sa lignée un homme capable d'un tel excès, et les serviteurs de Dieu doivent pleurer ce malheur avec des larmes de sang.

Je veux faire remarquer en dernier lieu que ce bienfait de l'adoption est la cause d'une grande gloire pour Jésus- Christ, et qu'il nous découvre admirablement la bonté incomparable et la libéralité de Dieu. « Je suppose, dit Guil-

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