DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE QUATRIÈME
laume de Paris, un roi de la terre, souverain d'un royaume très-riche et très-glorieux. Ce monarque n'a qu'un fils ; mais son royaume est tel que la multitude des héritiers, loin de diminuer en rien la part de chacun, ne peut qu'accroître la gloire et le lustre de ce fils, par le nombre des cohéritiers que son père lui donnera. Sans nul doute, ce roi, s'inspirant de sa bonté et de sa libéralité, adjoindra à son fils beaucoup d'héritiers, et il adoptera un grand nombre d'enfants, puisque souvent les hommes, n'ayant pas d'enfants selon la nature , adoptent des étrangers. Et il agirait ainsi, tout esprit éclairé en conviendra, quand bien même il aurait beaucoup d'enfants selon la nature, puisque, quel que soit le nombre de ceux qu'il adopte, nous le supposons, loin de priver en rien son fils unique des richesses et des honneurs de son royaume, il augmente sa gloire et son prestige extérieur, au delà de tout ce qu'on peut penser et admirer. Car si la multitude des troupes et des armées, si le nombre et la grandeur des princes ne font qu'accroître la gloire d'un roi, combien l'innombrable multitude des rois célestes servira-t-elle davantage à augmenter l'éclat de la gloire du Roi des rois? Commander à dix rois est un grand honneur ; commander à tous les rois de la terre, en régnant sur eux tous, est une gloire d'autant plus grande que leur nombre est plus considérable et que la puissance de tous les rois surpasse celle de dix seulement. S il en est ainsi, quelle gloire ne procureront pas au Roi immortel des siècles l'obéissance et la soumission de tous les rois du ciel à son auguste personne 1 ?» Oh ! quel accroissement de gloire pour le règne de Jésus-Christ, de se voir souverain dans un royaume de rois si nombreux; car tous lui donnent la plus grande gloire et étendent son royaume ! C'est sa gloire et celle de son Père d'avoir beaucoup de frères et d'héritiers de sa couronne. Guillaume de Paris ajoute que Jésus- Christ donnerait aux hommes, ses frères et ses cohéritiers,
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s'ils en étaient capables, autant de gloire qu'il a en luimême, les égalant ainsi à sa propre personne. Montronsnous reconnaissants pour cette disposition du Fils de Dieu, et travaillons à devenir plus réellement ses frères, et à nous rendre capables de recevoir sa gloire; et si le désir d'avoir plus de gloire ne nous toucbe pas , faisons-le au moins pour accroître la sienne. Mais quand la gloire de Jésus-Christ et la nôtre sont si intimement liées ensemble, comment peut-il se trouver un homme as ez vil pour ne pas l'estimer et pour vouloir rester esclave du démon, plutôt que d'être l'enfant de Dieu ? Saint Chrysostôme, considérant les paroles de saint Jean au commencement de son évangile : « Dieu a donné à tous ceux qui ont reçu Jésus- Christ le pouvoir d'être faits enfants de Dieu > , demande pourquoi l'écrivain sacré ne désigne pas la peine que méritent ceux qui ne Font pas reçu. 11 répond : * Peut-être leur plus grand châtiment consiste- t-il en ce que, pouvant se* faire enfants de Dieu, ils ne l'ont pas voulu, et se sont rendus indignes par leur propre volonté d'une si grande noblesse et d'un si grand honneur 1 . » Assurément cette infâme ingratitude envers Dieu, ce mépris de ses bienfaits infinis, nous le devons considérer comme une chose plus horrible que toutes les peines de l'enfer.
1 Hom. IX in cap. i Joan.