‹ La prix de la graceChapitre 145 sur 221 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Comment notre adoption comme enfants de Dieu par le moyen de la grâce est une filiation plus excellente que celle de la génération naturelle parmi les hommes ; et comment) à cause de cela , ou doit l'estimer beaucoup.

L'honneur que nous procure la grâce d'être les enfants de Dieu est si grand, et sa considération si douce; la manière dont tout cela s'accomplit est si admirable, que nous allons traiter encore ce sujet dans ce chapitre et dans celui qui viendra après.

Les œuvres de Dieu ont cela de merveilleux et d'incomparable, que lors même qu'elles se rapportent aux choses humaines, elles leur sont toujours infiniment supérieures. Il y a parmi les hommes des enfants adoptifs et des enfants naturels, et Dieu aussi a un fils selon la nature et beaucoup d'enfants adoptifs ; mais les enfants adoptifs de Dieu sont tels qu'ils surpassent dans le mode de leur filiation es enfants naturels des hommes. Ainsi, un enfant adoptif de Dieu participe plus de Dieu que le fils naturel de l'homme qui l'a engendré; et le fils adoptif de Dieu est plus l'œuvre de Dieu que le fils naturel l'œuvre de son père. En effet, de même que la génération éternelle du Fils de Dieu surpasse sans comparaison la génération des hommes, car, par elle, le Père éternel ne communique pas à son Fils une nature semblable, mais sa propre nature; ainsi l'adoption divine d'enfant de Dieu surpasse l'adoption humaine d'une manière très-excellente et très-exquise. L'adoption des hommes n'est qu'une affaire d'opinion, et elle n'opère aucun changement réel dans un fils qu'un père adopte , parce que le père ne lui donne rien d'intrinsèque; il ne

lui donne pas plus de santé; il ne lui donne ni un sang plus pur, ni un meilleur tempérament ; il ne lui donne ni dispositions corporelles, ni participation de sa substance; il regarde seulement celui qu'il adopte comme son fils, et lui confère un droit aux biens extérieurs qu'il possède. C'est tout ce qu'il y a dans l'adoption humaine ; et cependant elle est en si grand honneur, on en fait tant de cas parmi les hommes , que si l'adoption divine n'était que cela, elle serait encore une chose très-considérable. Mais il y a beaucoup plus dans l'adoption divine ; car celui que Dieu adopte pour enfant, il le rend meilleur intérieurement, et le renouvelle si intégralement qu'il le change, comme dit saint Paul, en une autre créature : il le fait participant de sa nature divine par la grâce, il répand en lui son esprit, il lui donne droit à ses biens intrinsèques qui sont sa& propre béatitude; ainsi le mode de filiation dans l'adoption de Dieu est plus excellent que la génération naturelle des hommes. Que donne le père au fils qu'il engendre ? Rien autre chose qu'un peu de matière superflue pour lui-même. Et qu'opère-t-il dans son fils? Il ne fait ni la matière, ni la forme, ni l'âme; il dispose seulement la matière et l'unit à l'âme. Mais quand Dieu adopte quelqu'un pour enfant, outre qu'il lui donne la participation de sa nature divine dans la grâce, il lui donne son Esprit pour qu'il habite en lui ; et en cela Dieu donne plus à son enfant adoptif que l'homme ne donne à son enfant selon la nature , parce que l'homme communique seulement à son fils un peu de son sang, non de son âme, ce qui serait bien davantage, tandis que Dieu donne son esprit à celui qu'il adopte. Ce serait sans doute une excellente manière d'adopter de pouvoir mettre dans un autre son âme propre. Ce qui est impossible à la faiblesse humaine, la puissance divine l'accomplit. L'homme ne peut faire passer son âme dans un autre, mais Dieu peut y répandre son esprit; et ainsi à celui qu'il adopte pour enfant, il

Page 1