DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE CINQUIÈME
communique son esprit en même temps, que son affection et son amour. Outre cela, Dieu fait dans son adoption une nouvelle créature, un nouvel homme, parce qu'il produit la grâce qui donne un nouvel être; ainsi, tandis que l'homme ne produit pas, quand il» engendre, la forme de son fils, Dieu produit, quand il adopte, la forme de la grâce, par laquelle l'homme est fait l'enfant adoptif de Dieu. A cause de ces excellences de l'adoption divine, qui la rendent supérieure à la génération naturelle des hommes, le Saint- Esprit n'a pas voulu refuser aux enfants adoptifs de Dieu les attributs dont on se sert pour signifier la génération. 11 les appelle « nés de Dieu » et « engendrés de nouveau » , et la grâce elle-même, il la nomme * la semence de Dieu »; non pas qu'ils soient les enfants naturels de Dieu, mais parce qu'ils sont au-dessus des enfants naturels des hommes.
Saint Jacques nous a indiqué tous ces avantages de l'adoption divine quand il a dit : « C'est lui qui, par sa volonté, nous a engendrés par la parole de la vérité, afin que nous fussions comme les prémices de ses créatures * » , c'est-à-dire la tête de toutes les créatures, ou, comme d'autres lisent, « pour que nous obtenions la principauté parmi toutes ses créatures ». L'Apôtre, à cause de cela, pour dire que Dieu adopte, dit qu'il engendre; car l'adoption divine n'est pas seulement un nom , une imagination , une opinion , mais un être nouveau, une nouvelle forme, une nouvelle créature qui renouvelle intérieurement le vieil homme, et répare la première et antique création en reformant l'image de Dieu. C'est une nouvelle œuvre , une œuvre plus capitale et la plus grande des œuvres divines , comme parle saint Thomas. L'adoption divine n'a pas seulement pour résultat de nous faire appeler enfants N de Dieu, mais de nous rendre réellement les enfants de Dieu, faisant de nous ses
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nouvelles créatures , les premières et les plus importantes de ses créatures.
L'obligation que cette œuvre et cette seconde' formation nous imposent, nous la pouvons comprendre si nous considérons les devoirs que nous impose la première. Un philosophe païen, après avoir dit que l'homme est une des œuvres principales de Dieu , ajoute : * Si vous étiez une statue du fameux sculpteur Phidias , une Minerve, un Jupiter, un dieu quelconque dû à son ciseau inspiré, vous devriez vous souvenir de vous-même et de celui qui vous a fait; et si vous aviez quelque sentiment, vous devriez vous efforcer de ne jamais rien faire d'indigne de votre auteur ni de vous-même. Vous ne voudriez paraître devant les yeux d'aucun homme avec un extérieur inconvenant. Si donc le Dieu souverain vous a fait, comment ne prenez-vous pas souci de vous-même? Comment ne faites-vous pas attention à la manière dont vous vous présentez devant le> hommes? Et quelle distance il y a entre les artistes et leurs œuvres ! Quelle statue d'artiste une fois achevée possède à son service des facultés et des puissances? Une statue n'est autre chose qu'un bloc de pierre, de bronze, d'or ou d'ivoire. Aussi la statue de Minerve, sculptée par Phidias, une fois sa main étendue, reste dans la même position, sans jamais faire aucun mouvement. Mais les œuvres et les créatures de Dieu ont le mouvement et la vie; elles ne sont point dépourvues de sens, et peuvent exercer la faculté qu'elles ont d'estimer et d'apprécier les choses. Or, étant l'œuvre de cet artiste divin, pourquoi lui faites-vous injure? Que dis-je?N0nseulement Dieu vous a fait, mais il vous a confié à vousmême, et il vous a commandé ce que vous deviez faire; et vous vous souvenez si peu de cela? et vous méprisez, vous déshonorez la tutelle de vous-même qu'il vous a donnée? Si Dieu vous recommandait quelque enfant et vous disait d'être son tuteur, le négligeriez-vous , auriez-