‹ La prix de la graceChapitre 147 sur 221 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE CINQUIÈME

vous pour lui ce mépris ? Or c'est à vous-même que Dieu vous recommande, vous disant avec amour : Je n'ai personne de plus fidèle à qui je puisse vous recommander et que je puisse charger de vous, si ce n'est vous-même. Je veux que ce pupille, dont je vous charge, qui est vous-même, vous le gardiez et que vous ayez le soin que demande sa nature; que vous le conserviez chaste, fidèle, généreux , constant, libre des affections désordonnées et de tout trouble. Et vous n'accepteriez pas votre protection ! ? » Voilà le langage d'un simple philosophe. Si l'homme doit à Dieu tout cela pour la production primitive de sa nature, que ne lui devra-t-il pas pour la créationnouvelle delà grâce? Celui qui a été créé par Dieu se doit mille soins à lui-même; combien ne s'en devra donc pas celui qui a été adopté par Dieu ! Celui qui est une pure créature ne doit pas outrager son auteur; pourquoi celui qui est adopté comme enfant outragerait-il son père? Parce que nous sommes simplement des hommes, nous devons être chastes, fidèles, généreux, constants, libres du trouble des passions ; celui qui a l'esprit divin, que doit-il donc être? Si Dieu nous recommandait avec instance un étranger, l'esclave le plus vil , nous devrions prendre soin de lui plus que de nous-mêmes. Or il nous recommande celui qui est son enfant et qui est notre âme elle-même, et nous le négligerions ? Ceux que les hommes adoptent doivent à leurs pères adoptifs toute sorte de reconnaissance, bien qu'ils ne soient pas engendrés par eux; quelle obligation n'a donc pas celui qui est adopté par Dieu, et qui est ainsi la plus grande de ses œuvres et les prémices de ses créatures! Comme il doit prendre soin de lui-même et de l'honneur de son divin Père l

x ÀRRIAN., lib. II , C. VIII.

L'apôtre saint Jacques a remarqué une autre excellence de la grâce divine, quand il a dit que « Dieu nous a engendrés par elle volontairement » . C'est en ce point que l'adoption de Dieu l'emporte de beaucoup sur la génération des hommes. En effet, un homme n'engendre pas volontairement un autre homme, parce qu'il n'est pas en sa volonté d'engendrer, et qu'il ne peut choisir le fils qu'il veut; et ainsi ce que les enfants doivent à leurs pères, ce n'est pas leur choix , leur volonté , mais leur sang seulement. Quand Dieu adopte, il choisit volontairement le fils qu'il veut, et il adopte celui-ci de préférence , laissant de côté un grand nombre d'autres. C'est ce qui impose une obligation plus grande aux enfants adoptifs qu'aux enfants selon la nature. Ces derniers n'ont aucune reconnaissance à avoir pour la volonté qui les a préférés ; mais les enfants adoptifs lui doivent toute leur gratitude. Et puisque la volonté est ce qu'on estime le plus dans les dons, que ne devra-t-on pas à Dieu pour son adoption, puisqu'il nous donne en elle par la grâce le plus grand des bienfaits que nous recevons par la nature , et sa volonté en même temps. Ce qui fait le prix des bienfaits, ce n'est pas tant leur quantité que la bonne volonté avec laquelle on les accorde. A cause de cela, n'est-on pas infiniment redevable à Dieu pour une chose dans laquelle on reçoit le plus grand des bienfaits , qui est la grâce , accordé par la plus parfaite des volontés, qui est la volonté divine? Les philosophes ont attaché le plus grand prix an seul bienfait de la génération, dont ils savaient la volonté absente, et ils l'ont mis bien au-dessus de ce que sont, valent et peuvent les enfants. Quelle sera donc la dette des enfants adoptifs de Dieu, qui ne sont tels que par la grâce et par la volonté de Dieu? La dette des enfants selon

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