‹ La prix de la graceChapitre 150 sur 221 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE CINQUIÈME

Qu'elle fut donc généreuse, cette volonté de Dieu qui, trouvant si peu, fit immensément, et qui, ne voyant pas de mérites dans l'homme , lui en donna ! Chose bien remarquable! l'homme, avant d'être adopté deDieu, quand bien même il ferait toutes les bonnes œuvres possibles, toutes les pénitences imaginables, et qu'il souffrirait tous les tourments qu'ont endurés tous les hommes depuis la création du monde et qu'ils endureront jusqu'au jour du jugement, il ne pourrait accomplir une œuvre qui méritât justement et dignement l'adoption divine, ni qui plût assez à Dieu pour que ce souverain Seigneur lui donnât une part dans son royaume. Mais une fois adopté pour enfant, la dignité qu'il a acquise est si grande qu'il lui suffit de remuer la main avec une intention pure, d'avoir une seule bonne pensée pour mériter dignement nonseulement une plus grande grâce d'adoption, mais le bonheur éternel et l'héritage divin, tant ce qu'on gagne par cette adoption est considérable ! Quoi ! une seule pensée sainte qu'a un enfant adoptif de Dieu est digne au point qu'il n'y a dans le monde aucun prix capable de la rémunérer ! Qui ne serait pas ici saisi d'admiration? Et Dieu n'a pas d'autre récompense pour payer cette pensée que lui-même, et le don éternel de son être adorable dans le ciel! En vérité, la grâce, ce bien immense auquel nous^ devons tous ces avantages, qui donc voudrait la mépriser? Qui donc refuserait de l'estimer plus que tous les biens du monde, puisqu'il n'y a pas de bien créé qui puisse, être le juste salaire de la moindre œuvre de vertu faite en état de grâce ? Aussi le droit des enfants adoptifs de Dieu n'est pas comme le droit des enfants adoptifs des hommes ; il est beaucoup plus grand. Les enfants adoptifs d'un homme ont seulement droit à la fortune et aux biens extérieurs de leur père; ils n'ont pas de droit sur sa propre personne, ni sur ses biens intrinsèques et naturels. Mais quant aux enfants adoptifs de Dieu par la grâce,

comme il n'y a aucun bien hors de Dieu qui puisse payer leurs œuvres, et qui ne soit au-dessous de la grâce, ils ont droit aux biens même naturels de Dieu, à ses biens les plus intimes, c'est-à-dire à sa propre béatitude qui est la possession de Dieu même. Qui donc ne serait ravi d'admiration à la pensée du bien incomparable et de la grande dignité de cette adoption surnaturelle ?

ni

L'adoption de Dieu est aussi plus spontanée que celle des hommes; car si Dieu adopte, ce n'est point, comme les hommes, parce qu'il n'a pas d'enfants selon la nature. L'adoption humaine, on le sait , a été établie pour suppléer à la nature, et consoler le père privé d'enfants, ou attristé par la malice de ceux qu'il a. Les hommes privés d'enfants ont suppléé par une touchante industrie à ce que leur avait refusé la nature, en adoptant des personnes qu'ils auraient désirées pour enfants; d'autres, mêmepos^ sédant des enfants de leur sang, mais ne trouvant pas en eux les satisfactions qu'ils étaient en droit d'en attendre, en ont adopté qui étaient meilleurs et plus de leur goût. Ainsi, le manque d'enfants selon la nature, ou leur malice, a introduit l'adoption parmi les hommes. L'adoption divine, toute différente, est complètement volontaire, car Dieu a un Fils selon la nature, et ce Fils ne manque pas de bonté; il n'a jamais causé à son Père de déplaisir, et le Père n'a jamais manqué d'amour pour son Fils, en qui seul il se complaît par-dessus tout, et infiniment plus que dans toutes les créatures. Malgré cela, l'immense bonté et l'infinie miséricorde de Dieu ont voulu spontanément choisir les hommes pour ses enfants adoptifs, non parce qu'ils étaient bons, mais pour les rendre bons; non pour défaut de bonté dans son Fils selon la nature, mais pour nous faire participer à sa bonté. Dieu, parce

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