‹ La prix de la graceChapitre 151 sur 221 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE CINQUIÈME. 24fr · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE CINQUIÈME. 24fr

qu'il mettait toutes ses complaisances dans son Fils unique, a voulu avoir beaucoup d'enfants qui lui ressemblassent : et ainsi il a choisi des enfants adoptifs, leur communiquant l'Esprit de son Fils selon ia nature. Bien différente est l'adoption humaine, qui, tout en choisissant les enfants, ne leur donne pas l'esprit d'enfants. L'adoption divine, plus excellente, choisit les enfants et leur donne l'esprit d'enfants, et non pas un esprit filial quelconque, mais l'esprit même du Fils naturel de Dieu. C'est ce que l'apôtre saint Jacques a voulu dire par ces mots' : « Il nous a volontairement engendrés par la parole de la vérité», c'est-à-dire moyennant et avec l'esprit de son Fils selon la nature, qui est le Verbe éternel, et la parole de vérité du Père, la splendeur de sa gloire et la figure de sa substance. Et ceci est une autre excellence de l'adoption divine où éclatent de toutes les manières l'amour, les faveurs et les dons divins : car non-seulement cette adoption est en soi un bien incomparable, mais encore le moyen par lequel elle s'opère et la manière dont elle s'accomplit sont de nature à jeter les anges dans l'étonnement, à la vue de la grande volonté de Dieu et de l'amour qu'il a eu pour nous ; parce que , après nous avoir adoptés par le moyen de la grâce, qui est un bien créé, il le fait encore par le moyen de l'Esprit de son Fils unique, qui est un bien incréé et infini. Pour adopter les hommes, il a choisi d'abord un homme, et l'a élevé à la dignité de son Fils selon la nature, répandant en lui la plénitude de la divinité, unissant substantiellement l'humanité de Jésus-Christ à la personne du Verbe éternel, son Fils unique naturel, et communiquant ainsi à l'humanité la nature divine. Ensuite , par cet Homme-Dieu, il adopte et fait ses enfants tous ceux qui, par la foi et les sacrements , s'unissent à celui qui est le Fils de Dieu selon la nature, et sont entés dans le Christ, comme les sarments dans la vigne ; et aussitôt que quelqu'un s'unit à cet Homme-Dieu qui est Jésus-Christ, et

s'ente sur lui, l'Esprit du Christ, c'est-à-dire sa divinité, le vivifie; et il devient ainsi enfant de Dieu, parce que, comme dit l'Apôtre, « tous ceux qui sont poussés par l'Esprit de Dieu, ceux-là sont enfants de Dieu » ; car ils vivent de la vie surnaturelle et divine de là grâce, avec cet Esprit dont vivent Dieu même et Jésus-Christ son Fils unique selon la nature. Cet Esprit divin se communique de diverses manières; il se communique aux personnes divines par identité, c'est-à-dire parce qu'elles sont une même chose avec lui. Il se communique à l'humanité du Christ par l'union hypostatique, c'est-à-dire pour qu'elle soit unie à la personne du Verbe. Enfin il se communique aux hommes par une admirable extension, par laquelle, an moyen du don de la grâce, l'Esprit de Dieu commence à être notre esprit, habitant en nous, nous ornant, nous imprimant une impulsion, nous conduisant, nous donnant une vie divine et opérant des œuvres divines et agréables à Dieu. Et ainsi les personnes divines vivent de cet Esprit naturellement, et les autres surnaturellement ; et il est de cette façon notre vie, au-dessus de toute vie, au-dessus de toute çsscnce. Nous devons nous représenter l'esprit et la divinité du Christ comme une vie et une forme immense qui, n'étant pas restreinte par les limites de son humanité, déborde et s'étend infiniment, et est plus que suffisante, non-seulement pour donner la vie divine à l'âme humaine du Christ, mais encore à toutes les autres âmes du reste des hommes, qui sont les membres vivants du même Christ et qui participent à ses sacrements. De cette manière, Dieu, procédant avec un ordre merveilleux, ici comme en toutes choses, nous a attirés à lui et nous a ramenés à un corps, à un chef, à une personne avec laquelle nous nous incorporons, et dont l'esprit nous vivifie. Jésus-Christ, en effet, est le chef de tous ceux qui sont en état de grâce ; et tous ceux qui sont en état de grâce sont le corps de Jésus-Christ, et reçoivent de lui la vie et Tin-

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