CHAPITRE SIXIEME
La grâce a une incomparable grandeur, parce que Dieu aime et estime ceux qu'il a adoptés par elle , au point de leur donner pour aliment le corps et le sang de Jésus-Christ.
Ce bienfait de l'adoption divine est si incomparable et si suave qu'on pourrait faire des livres entiers sur ce trèsdoux sujet, sans craindre de fatiguer les âmes pieuses; mais je désire ne pas trop m'étendre, et je ne me laisserai point absorber par tous les développements que demanderait la dignité des matières que je traite ici. Ces questions, du reste, sont si grandes qu'il suffit de les connaître pour les admirer. Cependant, il est un point sur lequel je dois insister. Sans doute nous avons dit beaucoup de l'immense bien que nous apporte la grâce par l'adoption divine, en exposant comment elle nous apporte l'esprit même de Dieu; mais notre estime pour cette faveur s'accroîtra encore quand nous aurons vu quel cas Dieu fait de ses enfants adoptifs. Comme père, il doit les nourrir et les protéger. Or, il fait cela si tendrement, si amoureusement, d'une manière si magnifique et si complète que le monde en fut vivement étonné la première fois qu'il l'apprit, et cela même lui parut incroyable. Mais la grandeur et la libéralité de Dieu devaient surpasser toute pensée et toute espérance humaine. Depuis que le monde est créé, on n'avait jamais vu un amour de père ou de mère pour son enfant, je ne dis pas adoptif, mais naturel, unique, poussé au degré où l'a porté Dieu envers ses enfants adoptifs. Et quand bien même tous les anges et tous les hommes, fussent-ils doués de l'intelligence la plus perspicace, du plus profond génie, rechercheraient à quel