‹ La prix de la graceChapitre 155 sur 221 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE SIXIÈME

généreux, et qu'ils conçoivent de grandes espérances pour l'avenir *. » On a vu 2 des mères manger leurs enfants , loin de les nourrir de leur propre chair. Mais la grâce devait pousser l'amour infiniment plus loin que la nature. C'est véritablement une chose admirable de voir Dieu unir ici l'amour le plus grand du monde à la plus grande majesté et au plus noble éclat, dans la manière dont il traite ses enfants, surpassant tout l'amour et toute l'opulence avec lesquels les plus grands empereurs ont nourri leurs premiers-nés. Aussi Isaïe appelle-t-il cette magnificence « une gloire qui ne finira jamais » , « une joie qui durera dans la succession de tous les âges », car Dieu infiniment surpasse tout amour naturel et tout cœur de mère. La mère, en nourrissant son fils , ne lui donne qu'une partie de son sang, qu'elle distille peu à peu; mais c'est avec tout son sang que Jésus-Christ nourrit. La mère ne donne à son fils que le sang imparfait qu'elle a de trop ; et c'est là le lait; Jésus-Christ donne le sang même de son cœur et tous ses esprits vitaux. La mère ne nourrit pas son fils de sa chair; Jésus-Christ lui donne sa chair et son sang. La mère ne donne pas à son fils pour aliment la plus petite partie de son corps ; elle ne lui donne ni un doigt ni une artère ; Jésus-Christ donne tous ses membres et toutes ses puissances, des pieds à la tête. Enfin, la mère ne donne pas à son enfant son cœur; Jésus-Christ donne son cœur, ses mains, ses pieds et tout ce qu'il est. Et quelle comparaison établir entre ce que peuvent donner les mères et ce que Jésus-Christ donne ? Entre le sang d'une personne humaine et le sang d'une personne divine ! tJne goutte du sang de Jésus-Christ a plus de valeur que le ciel et la terre, que toutes les âmes des hommes et tous les esprits des anges. Quoi ! Dieu nourrit ses enfants avec un aliment si précieux ! En une seule petite bouchée, il donne

1 Hom. LXI ad pop.

» Joseph., De bello Jud., lib. VII , cap. vin.

aux enfants de Dieu plus que toutes les richesses du monde, plus que tous les trésors des monarques , plus que toutes les étoiles du firmament , plus que toutes les béatitudes des cieux ! Quelle magnificence ! Et ainsi David, après avoir dit que la magnificence de Dieu est élevée au-dessus des cieux, et même plus que tout ce qu'il y a dans les cieux, ajoute ces paroles qui peuvent s'appliquer à notre sujet : « De la bouche des enfants, de ceux qui sont à la mamelle vous avez tiré une louange parfaite K » Car le lait et l'aliment que Dieu donne à ses enfants , comme étant nouveau-nés, selon l'apôtre saint Pierre, est le plus libéral, le plus magnifique du monde, et par là Dieu consomme et rend parfaite sa louange , car il n'y a plus d'espace où Dieu puisse étendre encore sa magnificence. La plus grande somptuosité qui ait été vue dans des banquets est celle de, Clodius 2 qui servit à chacun des convives une perle fondue très-précieuse. La reine d'Egypte Cléopâtre s'était promis de manger à un seul repas un million et demi; elle avala d'un seul coup une perle précieuse délayée qui valait la moitié de cette somme considérable, ce qui effraya l'orgueil des Romains. Mais qu'est-ce que tout cela auprès de ce que Dieu donne d'un seul coup ou d'une bouchée à ses enfants? Isaïe, voulant faire vivement sentir le prix de ce don incomparable, a dit avec raison qu'il était l'orgueil des siècles c'est-àdire qu'il avait une telle magnificence , que rien de semblable ne s'était vu, ni ne se verra dans aucun siècle. Écoutons saint Thomas, qui va nous dire ce qu'est cette magnificence : « Tout ce qu'est Dieu lui-même et tout ce qu'il a avec l'Esprit-Saint , il le donne ici dans un degré souverain. En dehors de la nature corporelle, spirituelle et divine, il n'y a rien. La nature corporelle embrasse tout ce qui se perçoit par les sens. La nature spirituelle comprend les

1 Ps. vin , 3.

* Plin., lib. IX , cap. xxxv; Val. Max., lib. IX, cap. i.

Page 1