DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE SIXIÈME
anges, les âmes humaines, puis tous les dons spirituels et les vertus. Et la nature divine contient naturellement tout ce qui est le plus parfait; ainsi lorsque Dieu le Père a octroyé le corps et le sang de son Fils dans le trèssaint Sacrement, il nous a donné la nature corporelle accrue, c'est-à-dire dans le plus haut degré possible; et quand, en même temps, il nous a donné son âme, alors il nous a donné la substance spirituelle aussi dans le plus haut degré possible ; car l'âme du Christ est plus parfaite en sainteté que tous les anges et les âmes saintes. Outre cela, il nous a donné toute la nature divine qui contient en soi , éternellement et naturellement , tout bien : et ce présent nous est fait non pas une ou deux fois dans toute la vie, mais en tout temps et en tout lieu; toutes les fois que ce salutaire sacrifice est offert par un prêtre bon ou mauvais, Dieu le Père avec l'Esprit-Saint se donne à chaque âme pour qu'elle jouisse de lui 1 . » Si Dieu donne à ses enfants chéris un" lait si précieux, s'il nourrit si somptueusement ses enfants adoptifs, s'il les traite avec tant de majesté et de magnificence, c'est afin que l'homme qui s'est confessé- connaisse combien il doit estimer la grâce et la dignité d'enfant de Dieu qui lui est accordée, et qu'il comprenne, quand il va communier, à quelles mamelles il approche ses lèvres, qu'il voie quel aliment précieux et riche on lui donne, aliment qui n'est pas seulement ce qu'il y a de plus précieux au monde, mais tout ce que Dieu a de plus précieux; qu'il admire ce que fait son trèsaimant Père, lui donnant dans une bouchée tant de trésors à la fois, pour qu'il vive et croisse dans la vie divine qu'il a reçue. Qu'il sache donc estimer sa qualité d'enfant de ' Dieu, puisque Dieu l'estime tant. Que celui à qui Dieu donne ce. qu'il y a de meilleur au ciel ne s'abaisse pas aux choses de la terre ; qu'il se traite lui-même comme un enfant du Très-Haut, ayant des sentiments élevés
1 S. Thom., Opusc. LXIX, De beatitud., cap. n.
et généreux, puisque le Seigneur le traite si généreusement et avec tant de magnificence. Qu'il soit libéral envers Dieu, puisque Dieu est si magnifique envers lui. Qu'il n'hésite pas à faire tout pour Dieu, puisque Dieu n'a pas hésité à faire tout pour lui.
C'est merveille de considérer ce que Dieu a fait pour pouvoir nous donner cette nourriture incomparable. Et ici il faut admirer non pas seulement ce qui est donné, mais encore la manière dont ce précieux présent nous est donné, c'est-à-dire ce qu'a fait le Fils de Dieu pour le donner, combien de lois de la nature il a bouleversées, quels miracles il a opérés, que de choses extraordinaires il a accomplies, et combien il s'est humilié pour cela. Le prophète David, dans le psaume cent dixième, où il parle de cet aliment que Dieu a donné à ses enfants qui le craignent et le révèrent, dit que les œuvres du Seigneur sont grandes, et parfaitement conformes à tous ses desseins; puis, employant le nombre singulier, il ajoute que la magnificence et la gloire éclatent dans son œuvre, parce que véritablement ce mets magnifique que Dieu donne à ses enfants contient en une seule œuvre beaucoup d'autres œuvres toutes exquises, et que dans cette œuvre-là, plus qu'en autre chose, la toute-puissance divine excelle pour faire ce qu'elle veut; et ainsi le prophète royal conclut que le Seigneur a fait là un mémorial et un abrégé de ses merveilles, parce que, avant que ce divin aliment vienne à la bouche d'un des enfants de Dieu, de grands prodiges et d'admirables miracles se sont accomplis. Que n'a-t-il pas coûté à Dieu pour donner à ses enfants, comme un lait divin, le sang de son Fils unique ? Il a fallu d'abord que ce tout-puissant Seigneur du ciel et de la terre s'incarnât, s'anéantissant tout entier; œuvre sublime qui ne peut se faire sans