DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE SIXIÈME
ravir d'admiration à la vue de l'immense charité de notre Rédempteur qui, dans une seule hostie, veut se donner à nous, non pas une fois seulement, mais des millions de fois, afin que le recevant dans une hostie, nous le recevions en une certaine manière des millions de fois. mon Dieu ! vous qui voulez tant de fois être à moi, quand serai-je donc une bonne fois totalement à vous ! Si en une fois vous me donnez votre corps sacré des millions de fois, pourquoi, Seigneur, après m'étre tant de fois donné à vous, ne suis-je pas encore parvenu à me donner à vous d'une manière irrévocable? Non, Seigneur, je ne dois plus être à moi, mais à vous uniquement, totalement et éternellement.
Ce qui a été dit du corps de Jésus-Christ, il le faut entendre de son sang et de son âme, de ses grâces, de ses vertus et de l'union hypostatique. Qui ne serait pas étonné à la vue d'une si grande multitude de prodiges et de merveilles ? Et ces miracles, nous ne les avons pas encore tous énumérés ; car en voici un autre bien grand : quand les espèces sacramentelles sont corrompues, la présence réelle du corps de Jésus-Christ s'évanouit; et, pour l'y soustraire comme pour l'y placer, il faut un pouvoir infini.
Autre sujet d'admiration dans le pouvoir qu'a le prêtre de consacrer l'hostie. Combien les prêtres sont nombreux ! Cependant la puissance qu'ils ont, le défaut de sainteté ne peut la leur faire perdre ; une si divine chose ne peut être ravie à la terre par les crimes affreux qui se commettent. Si un homme seul avait cet immense pouvoir, quelle admiration il exciterait ! Comme tout le monde courrait à lui ! De quelle vénération on l'entourerait! Ttms le regarderaient comme un dieu sur la terre. Mais l'immense bonté de Dieu et son amour de père, voulant que tous ses enfants trouvassent en abondance cet aliment précieux, a accordé ce prodigieux pouvoir, non pas à un ni à deux, mais à des milliers et des' milliers d'hommes, sans faire acception
des personnes, puisqu'il Ta accordé même à des pécheurs, à des adultères, à des blasphémateurs, à des schématiques, à des hérétiques; ce qui ferait croire, dit un docteur, que Dieu a en quelque sorte oublié sa dignité et a eu peu de souci de son honneur; car la multitude de ceux qui ont cet incomparable pouvoir, et l'indignité de quelques-uns, ont fait qu'il est moins estimé du monde. Mais l'amour souverain de Dieu pour ses enfants l'a porté à passer par -dessus tout, à régler les choses de façon à ce que ce lait divin ne pût leur manquer jamais !* La facilité avec laquelle les prêtres accomplissent cet acte sublime n'est pas moins étonnante. 11 n'est pas besoin qu'ils travaillent ou qu'ils suent pour effectuer les œuvres si grandes et si exquises qui sont comprises dans la consécration de l'hostie. Ils opèrent avec la plus grande facilité cette suprême merveille. Avec quatre ou cinq paroles ils accomplissent ce miracle des miracles. Si un homme avait le pouvoir de transporter les montages d'un lieu dans un autre, de faire sortir l'Océan de son lit, de ressusciter les morts, comme on serait étonné ! Or tous ces prodiges que sont-ils, comparés à ce mystère qui, en lui-même, est plus difficile que la création du ciel et de la terre? Mais tout cela a été disposé avec tendresse par notre doux et très-aimant père, afin que nous ayons mieux à notre portée le lait et l'aliment dignes des enfants de Dieu.
Mais si nous jetons les yeux sur les effets incomparables de ce divin Sacrement, quelles merveilles ne verrons-nous pas là encore ? Et d'abord celle de l'augmentation de la grâce habituelle produite par la communion en celui qui reçoit dignement la sainte Eucharistie : c'est bien là une autre merveille ravissante. L'Eucharistie conforte l'âme; elle fortifie toutes les vertus, éteint les mauvaises habitudes, rend le corps chaste , unit si étroitement à Jésus- Christ qu'elle fait non-seulement de l'âme un même esprit avec Dieu, mais de la chair même de l'homme, la chair