‹ La prix de la graceChapitre 160 sur 221 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE SIXIÈME

de Jésus-Christ; et ainsi, disent les Pères, ils font une même chair, par une union réelle, de telle façon que, parce que la chair de celui qui communie ne foi t qu'un avec celle de Jésus- Christ, elle devrait ressusciter et être revêtue des dons de la gloire quand bien même les autres hommes ne ressusciteraient pas. Véritablement cette union si merveilleuse est un admirable prodige. Chose non moins étonnante, tandis que les autres aliments se changent en la substance de ceux qu'ils nourrissent, cet aliment change en soi celui que le mange ! C'est ce qui a fait dire au savant Alger : « Nousmêmes, nous devenons le corps de Jésus-Christ, et par sa grande miséricorde nous sommes ce que nous recevons ! . » Il est donc tout admirable, tout exquis, tout souverain, tout magnifique cet aliment que donne le Père des miséricordes à ceux qui sont ses enfants adoptifs par la grâce.

Véritablement, ce mystère est un abîme de merveilles, et à cause des nombreux prodiges dont il est formé, et parce qu'il résume toutes les œuvres merveilleuses de Dieu. Oui, si nous passions en revue toutes les œuvres merveilleuses de Dieu, nous verrions qu'elles se trouvent ici. La première merveille est l'œuvre de la création; Dieu a fait les choses de rien, créant même leur matière première. Cette merveille se trouve dans l'Eucharistie, puisque les espèces sacramentelles étant corrompues, Dieu produit totalement la matière substantielle du pain et du vin, faisant à nouveau dans son intégrité une substance, y compris la matière première ; et avant il l'a détruite aussi avec sa matière, ce qui exige un aussi grand pouvoir que celui de créer de rien et d'anéantir. De plus, l'âme de Jésus- Christ se place dans le sacrement par un acte aussi puissant que celui de sa création. Il faut dire la même chose de l'acte qui amène ici les grâces, les vertus, les dons surnaturels de Jésus-Christ, et celui de l'union hypostatique ; union qui, si elle ne se trouvait pas dans l'ordre des choses

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instantes, serait produite de nouveau par l'acte qui la rend présente dans le saint Sacrement. On voit aussi comment ce divin mystère contient cette autre merveille de Dieu; je veux dire le miracle par excellence, l'Incarnation, dont ce Sacrement est une vive image ; car de même que par l'Incarnation la divinité invisible est unie à la chair visible de Jésus -Christ, ainsi, dans l'Eucharistie, la chair de Jésus-Christ est unie aux espèces sacramentelles visibles. Là, le Verbe éternel tout entier est uni à toutes les parties de l'humanité; ici, le Christ est uni à chaque partie des espèces. Là, la divinité ne souffre aucune atteinte, quand bien même l'humanité serait maltraitée ; ici, Jésus-Christ est à l'abri de toute lésion, lorsque l'hostie est partagée. Là, de l'union du Verbe avec l'humanité résulte un seul Jésus- Christ ; ici, de l'union de Jésus-Christ avec les espèces résulte un seul sacrement. Là, en vertu de la communication des idiomes et à cause de l'union personnelle,, il est dit de Dieu qu'il est flagellé, couronné d'épines, qu'il est crucifié et qu'il est mort, sans que la divinité souffre rien de tout cela; ici, il est dit de la chair de Jésus-Christ qu'elle est mangée, de son sang qu'il est bu, de son corps qu'on le touche, qu'on le voit et qu'on se le partage, uniquement parce qu'on touche, on voit, on partage les espèces, sans que le corps de Jésus-Christ ait à souffrir en rien. Là, l'humanité de Jésus-Christ n'a pas eu sa manière d'être naturelle, qui s'appelle subsistance propre, mais a été soutenue par le Verbe éternel; ici également, les espèces sacramentelles n'ont pas leur manière d'être naturelle ; mais elles se soutiennent par la vertu du corps de Jésus-Christ hors de leur sujet naturel. Là, aucune force créée ne peut détruire l'union qu'il y a entre le Verbe et l'humanité; ici, non plus rien ne peut jamais détruire l'union qu'il y a entre Jésus-Christ et les espèces sacramentelles, tant qu'elles persévèrent; tant ce divin sacrement est un tableau vivant du chef-d'œuvre divin de l'Incarnation. Il est aussi une

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