‹ La prix de la graceChapitre 166 sur 221 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE SEPTIÈME

désirer sur la terre, que pourra donc désirer celui qui a pour ami fidèle le Seigneur tout-puissant? L'Ecclésiastique appelle bienheureux celui qui a trouvé un véritable ami, et dit : «. L'ami fidèle est une solide protection, et celui qui Ta trouvé a trouvé un trésor. Rien ne peut être comparé à l'ami fidèle, et l'or et l'argent ne sont pas dignes d'être mis en balance avec la sincérité de sa foi. L'ami fidèle est le remède de la vie et de l'immortalité *. » Telle est la valeur d'un véritable ami. C'est donc un tré- * sor incomparable qui ne peut être estimé au poids de l'or, car il n'y a ni or ni argent sur la terre qui soit digne de lui être comparé; il vaut à lui seul tous les trésors du monde; c'est un refuge assuré contre les misères de la vie ; c'est un remède, non-seulement pour les maux de cette vie mortelle, mais encore pour ceux de l'éternité; car un véritable ami nous aidera, non-seulement à passer cette vie périssable avec moins de peines, mais encore à obtenir l'éternelle. Voilà, d'aprè3 le Saint-Esprit luimême, tout ce que peut un fidèle et véritable ami.

Et si l'homme fait cela, que ne fera pas Dieu quand il sera l'ami d'un homme? Quel bien n'a pas celui qui possède la grâce, puisqu'il est l'ami de Dieu et Dieu son ami? Ah ! quel trésor il rencontre ! 11 n'y a do no pas de bien ni de richesses imaginables qu'on ne doive abandonner pour un tel ami, qui sera l'unique remède contre tous les maux de la vie présente et future , contre les fautes de l'une et les châtiments de l'autre. Que l'homme considère ce qu'il peut gagner par un péché ; par ce péché il perd un tel ami et avec lui tous les biens ; car non-seulement il perd cet ami, mais encore il le change en son ennemi capital. Avoir pour ami le Seigneur tout-puissant, ou ne l'avoir pas, est-ce une chose sans importance? Est-il indifférent d'avoir le Roi du ciel et de la terre pour ami fidèle ou de l'avoir pour ennemi déclaré ? Autant un ami véritable est

1 Ecclcs., vi, 14.

précieux, autant un ennemi prononcé est funeste ; et s'il est meilleur d'avoir Dieu seul pour ami que d'avoir tous les amis du monde , il est aussi funeste d'avoir Dieu seul pour ennemi et pour adversaire que d'avoir tous les hommes de la terre pour ennemis. Si un homme était tellement haï de tous qu'il n'y eût personne en aucun lieu de la terre qui ne fût son ennemi capital, qui ne voulût boire son sang et qui ne l'ahborràt comme la mort, ayant dans son cœur le projet bien arrêté de lui ôter la vie et mille vies s'il les avait, pourrait-on imaginer un être plus malheureux que celui-là? Un tel homme ne pourrait pas paraître dans le monde, ni dormir tranquille, ni goûter à la nourriture sans être agité et inquiet. Mais c'est un malheur beaucoup plus grand d'avoir Dieu seul pour ennemi , lui qui abhorre l'homme en état de péché mortel, qui l'a en abomination, qui le hait profondément et qui est résolu de lui donner la mort éternelle tant qu'il sera dans cet état. Gomment donc celui qui a conscience d'un péché grave peut-il reposer* tranquillement avec cette pensée , se voyant ainsi un objet d'horreur pour un Roi qui est tout-puissant? Comment le pécheur peut-il dormir en paix? Comment peut-il manger ou boire sans être en proie aux plus cruelles inquiétudes? Comment peut-il paraître dans le monde? Comment peut-il rester même un instant dans un si malheureux état? Puisse Dieu par sa miséricorde nous faire, comprendre cela, afin que nous estimions sa grâce audessus de tous les biens de cette vie !

Je suppose, au contraire, un homme si tendrement chéri de tous qu'il n'y ait personne au monde , grand ou * petit, parent ou étranger, qui ne veuille lui donner son cœur et qui ne soit prêt à donner pour lui sa vie et son sang, et qui chaque jour ne lui donne mille présents pour gage de son amour. Pourrait-on concevoir un être plus heureux? Or, toute cette félicité n'est rien en comparai-

Page 1