‹ La prix de la graceChapitre 169 sur 221 · DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE SEPTIÈME

d'être amis de l'empereur? Et cela même, combien n'estil pas fragile et plein de périls ! Et combien d'écueils ne faut-il pas franchir pour n'arriver qu'à un péril plus grand encore ! Et quand y arriverons-nous? Mais si je veux être aimé de Dieu, je puis l'être sur-le-champ *. t Et un honneur si facile à acquérir est méprisé, ou bien parce que les hommes n'aspirent pas à le posséder, ou bien parce que, l'ayant, ils ne le conservent pas ! Qui donc voudrait perdre l'amitié de Dieu? Saint Chrysostôme , parlant de l'estime qu'on doit faire d'un ami de la terre, et déclarant qu'il n'y a pas de perte au monde qui égale celle d'un ami, a dit ces paroles : « Un ami, — je parle du véritable, — est une chose plus agréable que la lumière. Ne vous étonnez pas de cela, car nous aimerions mieux voir le soleil s'éteindre et périr que d'être privés de la conversation dé nos amis 2 , t Si donc nous' devons préférer que le soleil et 1 es étoiles périssent plutôt que de perdre un ami de la terre, que ne devons-nous pas mépriser, plutôt que de perdre notre ami du ciel, qui est le Seigneur du ciel et de la terre? Gardons les lois de l'amité, puisque Dieu les a gardées; ayons une même pensée et un même cœur; ne refusons rien au Seigneur et ne considérons pas ce qui nous platt, mais ce qui lui platt à lui, nous rendant en tout semblables à notre ami qui est si délicat. Ceci est une des principales conditions signalées par Aristote , pour établir une véritable amitié, qui ne peut exister sans une ressemblance, non-seulement d'habitudes , mais de vertus. Et ainsi les philosophes disent que l'amitié en elle-même n'est pas une vertu, mais l'usage et la pratique de toutes les vertus. Et si l'amitié humaine a ce cachet , comment l'amitié divine ne l'auraitelle pas? Quel grand bien que la souveraine sainteté de Dieu exerce à l'égard du juste toutes ses vertus, et que le juste doive faire usage de ses vertus à l'égard de Dieu !

* Conf.lib.VIII,ch. vi.

* Hom. II in / ad Tkess.

Les amis ne se peuvent quitter; il faut donc que nous traitions toujours avec Dieu, et que nous conversions sans cesse avec les anges. Ceux qui se ressemblent ont du plaisir à communiquer ensemble ; rendons-nous donc semblables à Dieu, et son commerce nous causera la plus grande joie. Dieu, pour être semblable aux hommes , s'est fait homme ; pour nous rendre semblables à Dieu, faisons-nous divins et semblables à Jésus, Dieu et homme tout ensemble. Ayons au moins cet unique ami, comme nous en avertit saint Thomas , pour être les amis de l'homme le plus excellent qui soit au monde. « Si vous êtes l'ami d'un homme du commun , dit ce saint , il est logique que vous soyez l'ami de Celui qui est l'homme par excellence; car, même entre les hommes, vous désirez davantage être l'amides grands 1 . »

1 Opusc. De dilectione Dei,c. ix.

Page 1