‹ La prix de la graceChapitre 174 sur 221 · DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE HUITIÈME

tout; il troublera les éléments, il désolera les campagnes, détruira les cités, anéantira des royaumes entiers pour conserver et augmenter sa grâce aux justes ou la donner à un de ses élus ! Que de rois la mort a moissonnés ! Que de provinces la peste a dévastées ! Que d'armées détruites et consumées par la guerre ! Dieu a disposé tout cela pour le bien de ses enfants et de ses amis; car, à ses yeux, un juste vaut plus par la grâce qu'un monde d'hommes par la nature. La lumière des étoiles, la beauté des cieux , l'harmonie des éléments, la vie des végétaux, l'instinct des animaux, l'intelligence des êtres doués de raison, la pénétration de l'esprit ne sont agréables à Dieu que parce que toutes ces choses servent au bien et à l'avantage de ceux qui sont en état de grâce. Oh ! quelle incomparable délicatesse d'amour il y a dans ces paroles de Dieu à sainte Gertrude au sujet de la grâce qui embellissait son âm£ • « Ni au ciel ni sur la terre je ne trouve rien en quoi je me plais sans toi, parce que tout le contentement que j'ai en toi vient de l'amour que je te porte. » Voilà un amour d'époux, d'ami, un amour tout à fait exclusif.

Enfin, dans le quatrième degré d'amour qui consiste à être insatiable, la charité de Dieu est poussée jusqu'aux dernières limites. Dieu ne peut se rassasier de nous aimer, de nous faire du bien ; et l'infini ici ne parvient point à le satisfaire. Qu'il est étonnant d'entendre le Fils de Dieu, après nous avoir témoigné un amour si excessif, dire à la fin de sa vie qu'il a soif, non pas de voir ses souffrances cesser, mais d'en supporter de plus grandes encore pour notre bien ! Quoi ! Seigneur, après avoir donné votre vie pour nous, une vie d'un prix infini, vous désirez donner davantage encore ! Et même après votre mort il a fallu qu'on ouvrît votre côté, afin de soulager votre cœur! Il ne suffit donc pas à votre charité d'avoir fait l'infini en faveur d'une créature, puisque vous avez encore soif? Comment ! votre amour n'est pas encore con-

tent ! Quel feu vous brûle et vous embrase ! Quelle est son ardeur et sa vivacité pour que les eaux de tant de tribulations ne l'aient pas rafraîchi, pour que vous ayez encore soif et que vous soyez embrasé à ce point ! Vous rappelezvous, Seigneur, ce que l'amour vous a fait faire? Vous avez créé le ciel et la terre et tout ce qu'ils contiennent pour l'homme; cette œuvre doit suffire pour vous satisfaire, car vous avez employé votre toute-puissance à procurer notre bien. Cependant, si cela n'était pas assez, est-ce que vous ne vous êtes pas incarné pour l'homme, faisant ainsi pour lui la plus grande œuvre que vous pouviez faire, et poussant en cela votre amour à un tel excès que vos chérubins, avec toute leur intelligence, n'auraient pu l'imaginer ? Assurément cela suffisait pour que votre charité infinie demeurât à jamais satisfaite , puisque votre toute-puissance a été épuisée; et cependant vous dites que vous avez soif! Rappelez- vous les trente-trois années que vous avez passées sur la terre pour l'homme , endurant la pauvreté, la faim, le froid, les fatigues. Rappelez-vous tant de voyages que vous fîtes à pied en Galilée, en Samaric, en Judée. Rappelez-vous les gouttes de sueur qui ont coulé de votre visage. Rappelez-vous les bonnes œuvres que vous avez faites durant tout ce temps, car chacune était d'une valeur infinie, et toutes elles étaient infinies; chacune d'elles pouvait satisfaire un amour infini, et toutes ensemble elles ne suffisent pas au vôtre! Vous êtes encore resté avec la soif, le désir de mon bien vous aiguillonnait toujours ! Seigneur, après avoir fait tout ce que nous venons d'exposer, vous avez déclaré que.vous brûliez du plus grand désir , et votre disciple a dit que vous avez aimé les vôtres jusqu'à la fin. Est-ce par hasard que.vous avez désiré trouver une fin dans ce qui n'en a pas, dans votre amour pour nous? Assurément, votre soif et vos désirs infinis pouvaient être rassasiés par le pain du ciel que vous nous avez donné f et le calice de

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