DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE HUITIÈME
votre sang avec lequel vous nous rendez si heureux. Et après un tel excès d'amour, Seigneur, vous avez encore faim? Et la soif vous tourmente encore? Oh ! quelle soif infinie vous avez, puisque , après avoir cherché à la satisfaire en nous prodiguant tant de bontés , après être entré dans une mer de tribulations, vous n'êtes pas encore parvenu à l'étanchcr ! Par mille endroits de votre corps vous avez donné votre sang pour vos amis. Au jardin des Oliviers, est-il quelque pore dans votre corps sacré qui n'ait laissé échapper ces gouttes précieuses dont chacune valait un million de mondes, car elles étaient d'un prix infini? Ensuite, que n'avez- vous pas souffert? Soufflets, épines, croix, affreuses douleurs; vous avez tout enduré sans avoir un instant de repos. Eh bien ! Seigneur, c'était ce baptême dont tous disiez : * Je dois être baptisé d'un baptême, et combien je me sens pressé jusqu'à ce qu'il s'accomplisse 1 ! » Que vous reste-t-il donc à désirer après tout cela pour dire encore : J'ai soif! Considérez, Seigneur, que vous avez absorbé un océan de tribulations et toutes les eaux de la douleur ; il n'y a plus d'eau pour votre soif. Et cette soif persévère toujours ! De quoi donc vous plaignezvous, mon Seigneur, quand vous dites que vous avez soif? Qu'est-ce qui vous fait jeter ce cri? Est-ce la souffrance que la soif vous cause? Est-ce le regret de ne pouvoir trouver de quoi l'apaiser? Seigneur, vous avez soif et vous aurez toujours soif, car votre charité est insatiable. Vous ne vous rassasiez point, vous ne vous rassasierez jamais de me faire du bien et de m'enrichir de vos dons, ô Dieu, 6 Seigneur tout-puissant, ô Père de mon Rédempteur Jesus-Christ. Vous m'avez donné toutes les créatures,; vous m'avez donné votre Fils d'abord dans l'incarnation , vous me l'avez donné dans sa prédication , vous me l'avez donné dans sa passion, vous me l'avez donné dans sa résurrection. Gela suffisait. Mais vous aimez tant ceux
s S, Luc, xii, 60.
qui sont en état de grâce, et ainsi vos amis, que vous avez inventé mille moyens de leur faire des dons infinis. Vous avez voulu que votre Fils leur servit de nourriture et de breuvage, et qu'il entrât ainsi dans leur corps et dans leur âme. Non content de cela, vous leur avez donné votre divin Esprit. Non content de leur donner deux 1 personnes divines, vous leur donnez votre personne adorable elle-même. O Seigneur, Père des miséricordes, avez -vous encore quelque chose à donner? Vos amis possèdent votre Fils, ils ont votre Esprit, ils ont votre personne elle-même, ils ont toute la sainte Trinité. 11 n'y a plus rien à désirer. Cependant les désirs divins ne sont pas encore satisfaits; car, bien qu'il n'ait plus rien à donner, Dieu veut accorder tous ces dons un nombre infini de fois, savourant sans fin notre amour et notre bien. O amour de Dieu insatiable, à qui il ne suffit pas de donner une fois jusqu'à Dieu luimême !
Quelle immense félicité de l'âme qui est en état de grâce , de se voir chérie du Tout-Puissant d'une manière si excessive et si délicate; de se voir aimée d'un Dieu si embrasé d'amour, qui a pour elle une telle affection, un amour invincible, inséparable, exclusif, et, ce qui est pardessus tout, insatiable! Quand la grâce n'aurait pas d'autre avantage et ne procurerait pas d'autre bien que celui-là, est-ce qu'on devrait considérer sa perte comme une chose peu importante? Non, certainement; nous ne devrions pas donner la grâce pour tous les biens de la terre. 11 n'est rien que les hommes estiment tant que d'être aimés; et ce qu'il y a de meilleur dans les bienfaits, c'est la volonté et l'amour. Que sera-ce donc d'être aimé d'un tel amour et par un tel Seigneur? On est épouvanté â la seule pensée que par amour pour la créature il y a des hommes qui perdent l'amour de leur Créateur. Si rien,