CHAPITRE NEUVIEME
La souveraine beauté que la grâce produit dans les ârres.
Un si grand amour de Dieu pour ceux qui sont en état de grâce n'est pas oisif. Il est, au contraire, extrêmement actif et efficace , produisant en eux une beauté que les anges eux-mêmes admirent. Aimer quelqu'un, c'est lui vouloir et lui désirer du bien; or la volonté de Dieu étant la cause des choses, il suit de là nécessairement que Dieu est toujours la cause de quelque bien dans celui qu'il aime; et ce bien est celui qu'il lui désire et qu'il aimerait à voir en lui. Tel est l'enseignement du Docteur ange— lique 1 . Saint Thomas remarque la différence qu'il y a entre l'amour créé et l'amour incréé; celui de la créature et celui du Créateur. Lorsqu'une créature aime une autre créature, elle lui suppose quelque bonté, elle ne la produit pas; mais quand Dieu aime, il produit lui-même cette bonté. Or de même que l'amour de, Dieu pour ses amis est excessif, et tel que nous l'avons dépeint, ainsi le bien qu'il produit en eux est également prodigieux. Les hommes aiment la beauté qu'ils voient, Dieu aime la beauté qu'il fait ; et comme il aime si tendrement et si délicatement ceux qui sont en état de grâce, la beauté de la grâce qu'il met dans l'âme en même temps que son amour et son cœur devra être incomparable. C'est un miracle de la grâce qu'une âme pécheresse redevienne très-belle. Saint Augustin dit : « La nature, quand elle est justifiée par la grâce de son Créateur , échange
' I-li, q. 110, a. 1.