DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE NEUVIÈME
Mais est-il étonnant que la beauté d'une âme en état de grâce ravisse ainsi les hommes, puiqu'elle plonge dansl'admiration même les séraphins, comme nous le dit saint Chrysostôme? Et ainsi voyant la beauté de l'âme , ces sublimes esprits se demandent les uns aux autres , dans leur admiration : « Quelle est donc celle qui s'élève du désert, inondée de délices et appuyée sur son bien-aimé '? * Or cette admiration qu'ils ressentent n'est pas provoquée par la première vue de sa beauté et par cette impression que produit toujours une chose nouvelle. Dans une autre occasion, ils l'avaient déjà vue trè>belle, et également ravis, ils s'étaient demandé : « Quelle est celle qui s'élève du désert comme un parfum odorant? » Assurément les Séraphins peuvent s'étonner, non pas deux ou trois fois , mais mille fois de la beauté et des grâces que reçoit une âme sainte qui peu auparavant était une solitude et un désert aride, sans rien qui l'embellit, et remplie de monstruosités, de fautes qui la rendaient horrible comme un démon. Il y a, dans un pécheur que la grâce vient d'embellir, deux grandes choses bien capables d'étonner. L'une est la hauteur de la grâce et la beauté qu'elle produit en lui; l'autre est la bassesse et l'horreur de l'état dont il est sorti , et que l'Écriture appelle désert, parce que l'âme en état de péché est dépouillée de tout bien. Or les anges voyant que, par la grâce, celle qui était un monstre d'enfer s'embellit comme un ange du ciel, et que le vieil homme, fils du premier Adam, se renouvelle par l'image du Christ, se fait enfant de Dieu et se revêt de sa pourpre divine, ils ne cessent d'admirer et ne se lassent pas de contempler cette beauté si extrordinaire. « Si quelqu'un, dit saint Chrysostôme, entreprenait de guérir un vieillard décrépit, pauvre, affamé, qui, des pieds à la
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tête, serait plein de maux dégoûtants, comme la gale ou la lèpre , et qui serait en outre infecté de la peste ou atteint d'une autre infirmité incurable ; et si , le faisant sortir * tout à coup de cet affreux et si abominable état, il le rendait très-beau et très-attrayant , remplaçant sa vieillesse par une jeunesse florissante et lui donnant des charmes surhumains, de sorte que de ses ulcères et de ses plaies sortissent des splendeurs et des rayons qui rehausseraient encore sa beauté ; s'il le dépouillait de sa triste vieillesse pour le faire revenir à la fleur de l'âge ; s'il le revêtait d'une riche pourpre , lui mettant sur la tête un diadème précieux et ornant toute sa personne d'une grande majesté , quel changement dans ce malheureux, et quelle bonté extrême dans celui qui l'aurait guéri ! Or c'est ainsi que Dieu a orné notre àme et l'a rendue très-belle et trèsaimable. Les anges désirent ardemment la voir et la contempler; et les archanges eux-mêmes et tous les saints partagent ce désir. Voilà à quel degré extraordinaire Dieu nous a rendus beaux et propres à le charmer lui-même '. »
Véritablement la beauté de la grâce est telle que nonseulement sa vue ferait mourir de joie les hommes , et qu'elle étonné les anges mais encore elle attire tant l'amour du Seigneur des anges qu'elle le fait comme sortir de lui-même, au dire de saint Denys. Dieu, au reste, le donne parfaitement à entendre dans le Cantique des cantiques , quand il prie l'âme de détourner ses yeux , car ses regards le font défaillir par l'excès d'amour qu'ils lui inspirent ; et il s'avoue blessé de son amour, répétant mille fois qu'elle est belle et pleine de charmes. David a dit que le Roi du ciel et de la terre soupire après sa beauté. Le divin Époux fait éclater son admiration par ces paroles : t Que vous êtes belle , 6 ma bien-aimée , que vous êtes belle 2 !» Or si notre grâce par sa beauté est si aimable
> Hom. i, in Epist ad Bphes.
* Çant„iv,