‹ La prix de la graceChapitre 185 sur 221 · DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE NEUVIÈME. 3lâ · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE NEUVIÈME. 3lâ

fendue; au lieu de pieds d'homme, des jambes d'éléphant. Quelle chose affreuse ce serait! Quelle horreur! On ne voudrait pas être un instant avec une pareille conformation. Et Ton peut vivre avec un péché qui est une chose plus horrible que tout ce qu'il y a et tout ce qu'on peut imaginer d'horrible et de monstrueux ! Assurément il est maudit, mille fois maudit celui qui veut rester seulement une heure dans le péché. Et l'ange gardien d'un pécheur, comme il est affecté de voir celui qui lui a élé recommandé si dégradé , si abominable ! Quoi ! l'homme a le cœur de causer cette affliction à son bon ange , pouvant remédier si vite à ce mal par une confession et par un acte de contrition véritable , et se transformer avec si peu de peine de monstre de l'enfer en une beauté du ciel' Car la moindre beauté de la grâce est plus que tout et qu'on peut voir ou imaginer de beau; elle réjouit les anges , les archanges , les séraphins qui admirent , aiment et révèrent la beauté divine de la grâce. Pourquoi le pécheur n'opère-t-il pas en lui ce changement si facile, puisqu'il le peut faire en inoins d'un quart d'heure ?

Un jour qu'il y avait une grande affluence dans une église, saint Paul le Simple ' vit] tous ceux qui entraient beaux comme des anges; un seul était horrible et noir comme un démon. Le serviteur de Dieu , s'affligeant dans son cœur, pleurait amèrement sur l'état misérable de cet homme; mais quand il vint à sortir, le saint s'aperçut qu'il était tout autre, et qu'une beauté souveraine se trouvait répandue sur toute sa personne. Il lui demanda ce qu'il avait fait pour être ainsi changé. « J'ai eu, dit-il, une véritable contrition de mes péchés, et un profond amour de Dieu touchant mon cœur, je les ai lavés de mes larmes. » Les serviteurs de Naaman trouvèrent qu'il était très-facile à leur maître de se laver sept fois dans le Jourdain pour être purifié de la lèpre. Et pour être purifié de la lèpre de la

* In VU, Pair. Ru F., lib. IV, n. 167.

souillure de ses péchés et de leur monstrueuse horreur, et pour mériter la grâce, il semblerait difficile au chrétien de se laver avec ses larmes, se baignant dans le sang de Jésus- Christ au moyen du sacrement de la Pénitence, selon l'invitation qu'il nous en fait? Béni soit ce Père des miséricordes, le Père de Notre- Seigneur Jésus-Christ qui nous accorde sa grâce au prix de moins de peines que ne s'en donne l'homme qui veut recouvrer sa santé. Naaman sortit de sa maison et de son royaume, vint dans un pays d'ennemis , apporta de grandes richesses , se munit d'une lettre de recommandation d'un roi très-puissant, prêt à faire tout ce qu'on voudrait afin de guérir de son mal et de laver la souillure de son corps. Mais pour que quelqu'un obtienne la grâce et guérisse du mal incurable et de l'affreuse difformité du péché, pour qu'il acquière une beauté divine , il n'est pas nécessaire qu'il ait des lettres de recommandation, des dons ni des présents ; cela ne lui coûtera pas un centime. Il n'a pas besoin de quitter son pays, ni souvent même de faire un pas , et cependant le chrétien ne cherche pas à sortir de l'état du péché! Sommes-nous excusables envers Dieu, à l'égard de notre propre honneur et de l'amour que nous devons avoir pour nous-mêmes ? Quel homme réduit au dernier désespoir pourrait se faire plus de mal? Car la faute monstrueuse du péché mortel* même pour un moment, est pire que l'enfer pour une éternité.

Ame craignant Dieu , vous qui espérez de sa miséricorde infinie être en état de grâce , puissiez-vous savoir vous garder pure, et estimer votre divine beauté ! Puissiez-vous, comme le veut l'Époux et l'ami des âmes, demeurer toute belle et sans tache ! Car plus une chose est belle, plus les défauts qui se trouvent en elle ressortent et

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