‹ La prix de la graceChapitre 190 sur 221 · DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE DIXIÈME

vines dont la grandeur est infinie. Tout le monde considérerait comme singulièrement heureux celui qui serait tellement uni avec un roi puissant que l'âme de ce roi serait dans son cœur, ou que le roi aurait l'âme de cet homme dans le sien. On ne pourrait imaginer une plus grande familiarité, une plus grande fortune. Quel est donc le bonheur de celui qui a la grâce , puisqu'il possède au dedans de lui l'esprit même de Dieu! Que tout désir s'évanouisse, que toute ambition expire , que le cœur humain s'arrête ici, car c'est le comble du bonheur et de l'honneur auquel un mortel puisse arriver.

Ajoutez à cela que par l'infinité de l'Esprit-Saint, celui qui a la grâce, outré qu'il ne fait qu'un avec Dieu, ne fait qu'un aussi avec tout ce qu'il y a de meilleur au ciel et sur la terre, puisqu'il possède en lui le même esprit qu'ont eu les saints rois qui régnèrent dans le monde, et les justes qui régnent et régneront dans le ciel. S'il n'y a pas de plus grand bonheur au monde que d'être une même chose avec un roi de la terre , et de posséder en soi son âme, ô juste, considérez donc votre félicité; car vous avez en vous le même esprit qu'ont eu les meilleurs rois de la terre; pensez que dans votre cœur il y a l'esprit du saint homme Job, qui fut roi d'Idumée; l'esprit de David, ce monarque si puissant et si vaillant qui régna sur toute la Terre promise; l'esprit du saint roi Ézéchias* de saint Louis, roi de France; de saint Lucius d'Angleterre, de saint Etienne de Hongrie, de l'empereur Henri le Chaste et d'une infinité d'autres princes. Regardez-vous comme heureux d'avoir l'esprit de saint Jean-Baptiste, de saint Paul , çle saint François , de saint Dominique , de saint Ignace. Soyez plein de respect pour vous-même à la pensée que vous avez en vous l'esprit de saint Michel, de saint Gabriel et des séraphins les plus élevés qui soient au ciel; l'esprit même qu'a eu la Reine des anges et par lequel elle a été sanctifiée. Et puisqu'on regarderait comme une

bonne fortune de posséder une relique des Corps de ces saints, et comme un plus grand bonheur encore d'avoir leur âme, même en ne la considérant qu'au point de vue purement naturel , combien ne doit-on pas se trouver satisfait d'avoir le même esprit qui les a sanctifiés , et qui fut comme l'âme et la vie de leur âme ! Que celui 'qui est en état de grâce se considère comme attaché et uni à tant de saints religieux qui servent le Seigneur par la pénitence, l'obéissance et l'abnégation, et ne conversent qu'avec les cieux. Qu'il se considère comme attaché par un lien très-étroit à tous les saints enfouis dans les déserts et cachés dans les villes, qui, méconnus des hommes, sont très-souvent visités de Dieu. Qu'il se considère comme uni aux bienheureux du ciel et aux séraphins qui sont les plus proches de Dieu. Enfin qu'il se regarde comme ne reposant pas seulement dans les bras de son Dieu, mais comme ne faisant qu'un avec lui et avec tout ce qu'il y a de bon et de saint après Dieu. Qu'il considère conséquemment ce que perd celui qui perd la grâce , car il perd la compagnie de tant de personnages excellents et l'étroite union avec eux; il perd la parenté de tous les saints et de tous les anges qui sont dans le ciel ; il sort de ce cercle très-précieux formé par les séraphins les plus embrasés d'amour; il se retire de cette très-riche chaîne dans laquelle sont attachés ensemble les neuf chœurs des anges avec les autres bienheureux du ciel et les justes de la terre; il se détache de ce précieux joyau où resplendissent tous les esprits célestes; enfin il s'éloigne de Dieu , et par là ne fiait plus qu'un avec Lucifer, lui qui ne faisait qu'un avec Dieu. Si même , dans les choses naturelles , ce qui est inférieur se perfectionne par l'union avec ce q/ai est supérieur, quelle perfection n'acquerra pas notre âme par son union avec Dieu et avec tant de créatures si parfaites et si saintes , avec les principautés du ciel , avec les dominations , les trônes , avec les chérubins et les séraphins! Au contraire, quels ra-

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