‹ La prix de la graceChapitre 191 sur 221 · DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE DIXIÈME

vages désolent l'âme qui se détache de son Créateur et se sépare d'intelligences si sublimes , si parfaites , si saintes , qui se colle aux choses abjectes de la terre , s'unit par le péché à Satan , et s'enchaîne avec les damnés de l'enfer, s'enrôlant dans la milice où se trouvent Caïn, Judas , Néron, Arius, Mahomet, Luther et tous les autres hommes maudits: Que Dieu, par sa miséricorde, nous donne l'intelligence de ces choses, et qu'il fasse naître en notre âme une haute estime de la grâce et une grande horreur pour tout ce qui peut causer la perte ou l'amoindrissement d'un tel bien, en même temps qu'une crainte et une frayeur infinies du péché.

La considération de cette union divine doit aussi nous aider à concevoir un amour intime pour Dieu, avec lequel nous nous unissons par la grâce ; car l'union et la compagnie sont une cause de l'amour. On a vu pleurer deux bœufs qui, après avoir été quelque temps attachés au même joug et avoir labouré ensemble, avaient été séparés et ne se retrouvaient plus. Le corps et l'âme ont un grand amour l'un pour l'autre, à cause 4e l'union qu'il y a entre eux, bien qu'ils soient d'une nature fort différente, l'une étant un esprit et l'autre une très-vile matière; cependant ils aspirent à une union éternelle. Cette union souveraine avec Dieu doit engendrer en nous un amour beaucoup plus grand , et il faut que notre cœur désire être avec lui à tout' jamais. Il n'y a pas parmi les choses créées de plus grande union , il ne doit pas y avoir de ' plus grand amour. Il n'existe pas d'union plus intime que celle de Dieu avec l'âme , il n'en existe pas dans laquelle le supérieur perfectionne davantage l'inférieur; il ne doit donc pas y avoir d'union plus désirable ni plus estimable. Tout ce que peut faire l'union de l'âme avec le corps, c'est qu'il en résulte un composé qui n'est ni l'âme ni le corps, car l'âme ne fait pas du corps une âme, ni le corps ne fait de l'âme un corps ; mais tous les deux uni forment

l'homme. Or, par l'union de l'âme avec l'Esprit-Saint , l'âme devient un même esprit avec Dieu, d'une admirable manière, puisque l'âme ne perd pas son être naturel, mais qu'elle acquiert un être surnaturel et divin, vivant surnaturellement par l'esprit de Dieu qui habite en elle. Et ce qui a lieu ici est tout, différent de ce qui se passe entre la chair et l'esprit de l'homme. Car l'âme de l'homme qui est esprit aura beau s'unir si intimement qu'on voudra à son corps et le perfectionner, elle ne pourra le rendre spirituel; tandis que Dieu s'unissant avec notre âme la rend divine; et ainsi l'âme doit désirer Dieu infiniment plus que le corps ne désire l'âme. Pour rendre ceci plus clair , imaginons que Dieu a créé l'âme raisonnable , avec toutes ses puissances et ses facultés si excellentes, avant le corps, et que l'âme a la liberté de se joindre au corps inanimé et inerte, véritable statue de boue destinée à se détériorer et à se corrompre peu à peu. Touchée de compassion', l'âme s'unit à ce corps pour lui donner la vie, le préserver de la corruption et l'accompagner dans toutes ses actions et tous ses mouvements. Si le corps pouvait avoir conscience de ce bienfait , comme il aimerait l'âme ! Quelle reconnaissance il lui garderait ! Que ne souffrirait-il pas plutôt que de l'abandonner? Et qu'il serait loin de vouloir la chasser et Ma perdre! Mais cette bonté n'est rien auprès de celle dont Dieu use envers l'âme. Il la voit morte et abominable; et étant libre de s'unir ou de ne pas s'unir à elle par la grâce, ému de compassion, il entre dans l'âme et il lui donne la vie divine; il l'embellit, la perfectionne et l'accompagne par sa grâce afin qu'elle fasse des œuvres dignes de la vie éternelle. Avec quel amour l'âme doit donc aimer son Dieu ! De quelle reconnaissance ne lui est-elle pas rede vable? Et que ne doit-elle pas faire pour qu'il ne se retire pas? Que ne doit-elle pas souffrir plutôt que de le chasser? Elle doit se laisser briser plutôt que de se se-

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