DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE DIXIÈME
parer un seul moment d'un si grand bien par aucune faute.
Chose singulièrement admirable ! Dieu n'a aucun intérêt dans cette union; sa seule volonté miséricordieuse le porte à s'introduire dans l'âme; et cependant il se regarde comme obligé à aimer plus ,1'âme et à lui faire de nouvelles faveurs , à confirmer et à étendre cette union , s'unissant de toutes les manières de plus en plus à l'homme, pour que l'âme comprenne, car c'est elle qui est intéressée, ce qu'elle doit faire. Qu'est-ce que l'homme ne devra pas faire et souffrir pour son Dieu , si le Fils de Dieu, ne se contentant pas de l'union de son esprit avec le nôtre, étend sa divine miséricorde jusqu'à s'unir aussi avec notre chair? Je ne parle pas de cette union merveilleuse qui plonge dans l'étonnement les séraphins , et par laquelle il a uni à sa personne divine l'humanité du Christ, mais de l'autre admirable union de notre chair avec la sienne qui fait que nous sommes non-seulement un même es; rit avec l'esprit de Jésus-Christ, mais encore une même chair avec la sienne, pour que, en tout, nous soyons un avec Jésus-Christ , et que , comme notre esprit est uni par la grâce à celui de sa divinité , ainsi , par un admirable effet de la grâce , notre corps soit uni à celui de sa très-sainte humanité, et que notre chair soit une même chair avec celle de Jésus-Christ. Saint Chrysostôme dit à ce sujet : » Le Fils de Dieu ne s'est pas contenté de se faire homme , d'être souffleté et crucifié , mais il nous a unis à lui comme à une même masse; il a fait de nous un même corps, non-seulement par la foi, mais réellement 1 . » Voilà un remarquable effet de l'amour qu'il a pour les âmes en état de grâce; aussi le même saint dit : « Voulant montrer son amour envers nous, il est entré en nous
* Hom. lxxxiii in Mallh.
et s'est mêlé en quelque sorte à nous, et il a voulu que son corps entrât en nous , pour que nous soyons faits une même chose arec lui , comme le corps uni à la tête; car c'est le propre de ceux qui aiment beaucoup '. » « On doit considérer que Jésus-Christ est en nous, dit saint Cyrille d'Alexandrie, non -seulement par l'affection de la charité, mais par la participation naturelle; car de même que si l'on met ensemble deux cires fondues , l'une se mélange nécessairement avec l'autre; ainsi celui qui reçoit la chair et le sang de Jésus -Christ s'unit avec lui d'une telle manière que Jésus-Christ est en lui et qu'il est en Jésus- Christ 2 . s Saint Cyprien 3 et saint Léon parlent de cette grâce en termes si grands qu'ils l'appellent le passage de notre chair en celle du Christ. C'est ainsi que s'expriment tous les saints , car cette union est si admirable qu'on ne peut arriver à la bien faire comprendre. En effet, bien que la chair de ceux qui communient dignement ne perde pas sa nature , elle acquiert un grand nombre de prérogatives de la chair très-sainte de notre Rédempteur, comme beaucoup de saints le donnent à entendre. Saint Cyrille de Jérusalem 4 dit que ce sacrement sanctifie l'âme et le corps. Saint Jean Damascène 5 dit qu'il est aussi établi pour le secours et le salut du corps. Saint Grégoire de Nysse l'appelle un remède salutaire qui guérit les mauvaises dispotions du corps. « Il chasse, dit saint Cyrille d'Alexandrie^ non-seulement la mort, mais toutes les infirmités; car, comme Jésus-Christ demeure en nous , il éteint la cruelle loi de nos membres , fortifie la piété , apaise les troubles de l'âme , guérit les malades et rétablit les estropiés 6 . > Saint Chrysostôme, préehant contre la colère, dit que
» Hom. xlv in Joan.
* Lib. IV in Joan., cap. xvn.
3 De Cœna Domini, poat init.
* Calech. Myttag. 4
* lib. IV, cap* xiv.
6 Lib. IV, in Joan., cap. xvii.