DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE DIXIÈME
nous trouverons le remède à cette passion « si nous buvons le calice du Seigneur , car il tue les vers et les serpents qui sont en nous * . Il entend par là les mauvaises dispositions du corps qui nous inclinent au péché.
De tout ce qui a été dit , il faut conclure que l'effet de l'union de notre chair avec celle de Jésus-Christ est de rendre notre corps semblable au sien, sanctifiant notre chair, réformant en elle le penchant au péché , et l'assu- * jettissant à l'esprit. Et comme la divinité de Jésus -Christ donne à notre àme une vigueur particulière, ainsi son humanité très-sainte, si nous la recevons dignement, donne à notre corps une pureté spéciale et en même temps une rare énergie pour supporter Ijes pénitences et les austérités corporelles , telles que les jeûnes et toutes les macérations ; elle le règle, lui communique les plus nobles qualités et le rend chaste : « Car si la justice originelle , dit un docteur, bien que spirituelle , appartient aussi au corps, de manière que, en mangeant du fruit de l'arbre de vie, le corps était exempt de la mort, du dégoût, de la fatigue, la raison demande aussi que celui à qui Jésus-Christ s'unit purement et chastement dans ce sacrement reçoive jne promptitude, une activité et une vigueur particulière nour les actes de vertu, et pour la répression de la concupiscence de la chair *. » La propriété do cette divine nourriture n'est pas de se changer en celui qui la mange, parce o^ue le corps de Jésus-Christ ne peut se changer en un Corps corruptible et vicieux , tel qu'était celui du pécheur un peu auparavant ; mais cette nourriture sacrée change en elle celui qui la mange, c'est-à-dire qu'elle change le communiant en Jésus-Christ; Et de* même que la nature par la chaleur naturelle cuit par degrés les aliments et les digère avant de se les assimiler parfaitement, ainsi Jésus-Christ nous purifie graduellement et nous affine pour nous unir parfaitement à lui. En premier lieu , il con-
1 S ali an., lib. II De amore Dei, cap. xi.
sume les désirs désordonnés des biens et des richesses de la terre. Il consume ensuite l'ambition des honneurs du monde. Enfin il consume les appétits rebelles de la chair. De sorte qu'il purifie non-seulement notre esprit et notre àme , mais aussi notre corps, le rendant chaste et semblable au sien; aussi est-il dit de ce sacrement qu'il est un vin qui engendre les vierges. Un autre fruit de ce divin * sacrement est la résurrection des corps, à laquelle il faut joindre les quatre dons de la gloire. Ceux qui communient dignement ont ce privilège, à cause de l'union de leur chair avec celle de Jésus-Christ, comme l'enseigne saint Irénée ! ; et ainsi , quand bien même les autres corps ne ressusciteraient pas, ceux-ci ressusciteront glorieux. Aussi les docteurs mystiques, et quelques-uns, dit le Père Salian, parlent par expérience , disent que cette union de Jésus- Christ par ce sacrement arrive, en des personnes très-pures, à être réelle, immédiate et naturelle, parce que Jésus- Christ lui-même se manifeste à elles, en sorte qu'elles perçoivent et expérimentent sa présence , non pas tant par vision ou révélation que par des embrassements ineffables dans lesquels il unit à lui l'âme fidèle d'une manière extrêmement suave, et celle-ci le sent, jouit de sa présence, de sa bonté et de ses faveurs. Et ajoutez à tout cela que le corps très-pur de ceux qui arrivent à cette heureuse union sent, par un ineffable contact, la présence de Jésus-Christ et son corps; car bien que dans ce sacrement on ne puisse naturellement le toucher ni le sentir], cependant , par une vertu divine , on peut le toucher et il peut nous toucher. Et ce ne sont pas seulement les âmes qui le sentent, mais aussi les corps qu'elles animent le sentent immédiatement. Il n'est pas absurde, dit le Père Salien, que le corps de Jésus-Christ se puisse toucher , palper et sentir par une vertu divine, bien qu'il soit glorieux; car le Sauveur, après sa résurrection, s'est donné à toucher aux disciples :
1 Lib. V, cap. u.