DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE DIXIÈME
ce qu'il n'aurait pas fait s'il n'avait pu être touché. Et les saintes femmes, après la résurrection, se jetèrent à ses pieds et l'adorèrent 1 .
Que l'homme considère donc quel amour il doit à Jésus- Christ pour une union si admirable de son esprit et de sa chair; qu'il voie avec quel respect il doit approcher des sacrements dans lesquels il reçoit de telles faveurs ; qu'il n'oublie pas cef qu'il doit être après s'être confessé et avoir communié. Il ne faut plus qu'il se regarde comme un homme , mais comme un ange; car la chair sainte et immaculée de Jésus-Christ ayant une seule fois touché notre corps, la nôtre doit être plus limpide que le cristal, plus pure que l'or sorti du creuset, plus resplendissante que les étoiles , et par sa soumission à la raison, plus molle que la cire, plus dévote que la dévotion elle-même, plus spirituelle que les anges, plus morte aux plaisirs des sens que les morts eux-mêmes. Oh ! quelles merveilleuses transformations on verrait dans la vie des chrétiens par l'efficacité des sacrements, s'ils se disposaient comme' il faut à les recevoir et s'ils ne mettaient pas d'obstacles à la grâce ! Mais comme on ne s'y prépare pas avec le soin voulu , et qu'on ne montre pas après la sollicitude que demandent l'état et la vie très-divine de la grâce qu'ils donnent, on ne fait voir d'ordinaire que peu d'amélioration. La faute en est à nous. Apporte-t-il, en effet, une préparation digne de si hauts mystères, celui qui, après avoir été toute une année ou une moitié d'année un démon , veut du soir au matin s'asseoir à la table de Jésus-Christ, sans qu'il lui en coûte une larme , ni une goutte de sang , ni un coup de discipline, ni un jour de cilice, ni la privation d'un léger repas, ni l'abandon d'une chose qui a été jusqu'ici un obstacle au service divin ? Ces choses devraient toujours être mises en pratique préalablement , même par ceux qui veillent à tenir leur conscience en ordre, et qui n'ont pas à se
1 Matth., xvii.
reprocher de fautes graves. Quelle négligence n'est-ce pas de vivre, après s'être incorporé cette sainte chair de notre Rédempteur, avec les mêmes goûts mondains qu'auparavant! C'est une grande honte que des hommes, après un tel bienfait , pensent encore aux plaisirs de la terre et se rappellent qu'il y a un monde et qu'ils ont un corps! Tout en nous doit être spirituel , tout doit être angélique, tout céleste , tout divin. Nous ne devons aimer que Jésus- Christ , ne comprendre que Jésus-Christ , ne goûter que Jésus-Christ. Nous ne devons posséder que Jésus-Christ, n'être que Jésus-Christ, parce que nous ne devons plus nous regarder comme des hommes, après une telle union, mais comme Jésus-Christ lui-même.
Il faut aussi considérer, dans notre incorporation, — c'est le mot des saints, — à ce corps très-sacré de Jésus- Christ, notre Rédempteur, que par elle nous faisons aussi un même corps avec tous les saints qui [vivent dans l'Église. En effet, l'âme sainte, en se faisant une même chose avec l'esprit de Dieu , s'unit aux autres âmes des saints , parce que le même Saint-Esprit qui habite dans une âme en état de grâce demeure aussi dans les autres ; et à cause de cela, toutes les âmes en état de grâce s'attirent et s'unissent dans le Saint-Esprit comme dans un lien trèssimple en lui-même, mais commun à toutes. Or, c'est de cette manière que le corps de celui qui a communié dignement , parce qu'il s'unit au corps de Jésus-Christ /s'unit aux corps de tous les saints qui ont communié, et se fait une même chair avec leur chair qui est la chair de Jésus-Christ; car le corps immaculé du Fils de Dieu est le lien de tous les corps ; ce qui est aussi une chose trèsconsolante. En effet, si Ton tient pour grand bonheur de traiter facilement avec quelque saint ou d'être son parent, quels plus grands saints que les apôtres, que saint Laurent, saint Basile, saint Benoit, saint François, saint Dominique, saint François de Paule, saint Ignace et d'autres fon-