‹ La prix de la graceChapitre 195 sur 221 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE DIXIÈME. S3l · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE DIXIÈME. S3l

dateurs d'ordres religieux? Et quel plus grand saint que la Sainte des saintes et la Reine des anges, la Mère de Dieu? Or, avec eux tous nous avons, je ne dis pas une parenté, ce n'est pas assez , ni seulement une étroite amitié , mais une merveilleuse union de notre corps; nous sommes unis à la chair et au sang très-pur de la glorieuse Mère de Dieu, par le moyen de la chair et du corps de son divin Fils. O admirable sagesse de Dieu qui a trouvé moyen que tous les justes fussent une même chose, comme Ta dit la Vérité éternelle, étant non-seulement un même esprit par la divinité de Jésus-Christ, mais une même chair par sa très-sainte chair que nous recevons dans le pain de son divin sacrement ! C'est pour cela que saint Paul a dit : « Nous ne sommes tous ensemble qu'un seul pain et un seul corps '. » Et ailleurs : « Quoique nous soyons plusieurs , nous ne sommes néanmoins tous qu un seul corps en Jésus-Christ , et nous sommes jtous réciproquement membres les uns des autres 2 . » Quelques docteurs remarquent que ce seul corps qui existe , bien que nous soyons un grand nombre, n'est pas seulement un corps dans le sens mystique et général , mais proprement et corporellement , parce que tous réellement nous nous unissons et nous nous joignons au corps de notre Rédempteur dans l'Eucharistie. Que celui donc qui communie voie combien il doit veiller à la pureté de son âme et de son corps; qu'il voie combien sa chair doit être spirituelle et pure; car il est devenu un même corps avec le corps des saints et de la Mère de Dieu. On ne voudrait pas perdre un os ou une relique de saint François ou d'un autre grand saint; il ne faut donc pas consentir à perdre le privilège d'être un même corps avec tout son corps , et ce qui est plus, avec les os, la chair, le sang de la Vierge et de notre Rédempteur. On ne voudrait pas cesser d'être

1 I Cor. t x t 17.

*" Rom., xii, 5.

le corps de Jésus pour devenir celui d'une femme perdue, comme dit l'Apôtre. Estimons donc cette dignité d'être une même chose avec l'Esprit-Saint et avec tous ceux qui sont le temple de l'Esprit-Saint.

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Apprenons de Dieu lui-même à estimer la grandeur et la dignité de ceux qui sont en état de grâce et qui participent au corps et au sang du divin Mattre de la grâce; car , en faisant d'eux une même chose avec lui , Dieu leur donne le plus grand nom qui puisse être donné , celui de dieux et de christs. Le bien et la grandeur de cette union ne pouvaient pas être désignés par des termes audessous de ceux-là. Et ainsi il est dit dans le psaume : c Dieu se tient debout dans l'assemblée des dieux. » Et dans un autre : « "Ne touchez pas à mes christs. » Et ailleurs : « Vous êtes des dieux et les fils du Très-Haut. » Voilà ce que sont les âmes en état de grâce. Saint Grégoire de Nazianze n'a pas hésité à appeler les saints des dieux. Saint Jérôme dit : « Les apôtres ne sont pas appelés des hommes, mais des dieux. Car Jésus-Christ leur demandant : Que dit-on qu'est le Fils de l'homme? il ajoute : Et selon vous, qu'est-il? Comme s'il eût dit : Les hommes comme hommes ne pensent qu'aux choses humaines; mais vous qui êtes des dieux, qui croyez-vous que je sois *? > Saint Anselme fait remarquer que ce nom de dieux appartient non-seulement aux apôtres et aux grands saints, mais encore à tous les justes qui sont tels par la grâce. Et ainsi il dit : « Faites attention à cela , je vous prie , et comprenez que Dieu n'a exclu personne de cette divinité quand il a dit : Vous êtes des dieux et vous êtes tous les fils du Très-Haut 2 . » Un titre si glorieux n'est pas un mé-

1 In Matth. , xlvi.

' Lib. De timilit., c. xm.

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