‹ La prix de la graceChapitre 196 sur 221 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE DIXIÈME

diocre honneur pour les justes ; car si parmi les hommes on regarde comme un grand honneur de porter le nom d'un prince illustre, comme on doit se trouver honoré d'avoir un nom divin r Les empereurs romains considéraient comme une gloire de s'appeler César ou Auguste, parce que ces deux princes s'étaient illustrés et avaient été favorisés de la fortune. Et les rois d'Egypte s'honoraient du nom de Ptolémée , parce que c'était celui du premier de leurs rois. Quelle gloire n'est-ce pas pour ceux qui sont en état de grâce de s'appeler des dieux ! titre auguste non pas d'un monarque temporel , mais du Roi toutpuissant du Ciel et de la terre. On trouvera cela encore plus beau si l'on examine les raisons sur lesquelles est fondé ce titre incomparable. Le droit qu'avaient les princes de Rome et d'Egypte et leurs successeurs, de s'appeler César, Auguste, Ptolémée, sans posséder pour cela les qualités de ces souverains hors ligne , et surtout sans avoir ni leur âme, ni leur corps, n'est rien en comparaison de celui que nous avons, quand nous sommes en état de grâce, d'être appelés des dieux ; car nous vivons de l'esprit même de Dieu, puisque notre âme, au moyen de la grâce , est unie par un admirable lien à l'Esprit-Saint, et notre chair au corps du Christ , Dieu et homme tout ensemble. Cette union est si remarquable qu'aucun exemple d'union terrestre ne pourrait la faire ressortir suffisamment. Elle se rapproche plutôt de l'union des personnes divines. Et ainsi elle ne peut être désignée par aucun nom si ce n'est par celui qui désigne Dieu directement; car, en disant que ceux qui sont en état de grâce sont les amis de Dieu, en disant qu'ils sont les enfants de Dieu, bien que ces noms soient très-honorifiques, on ne désigne pas suffisamment cette union , puisque, entre amis si intimes que vous les supposiez, ni entre enfants si ressemblants et si chers qu'ils soient, il ne s'est jamais vu une union semblable; et ni l'ami le plus délicat, ni le fils le plus obéis-

sant n'a jamais été uni, n'a jamais fait un avec son ami ou son père , au point de vivre par l'âme de son ami ou de son père. Mais ceux qui sont en état de grâce sont tellement un avec Dieu qu'ils vivent par l'Esprit de Dieu, lui sont unis et ne font qu'un avec lui. Trouvez parmi les choses créées un exemple qui puisse approcher de cela. Ainsi cette union ne peut être désignée suffisamment par un nom appartenant à la créature, quand bien même il se rapporterait à Dieu. Le nom qui peut la désigner d'une manière plus significative est le nom absolu de Dieu; car s'ils ne sont pas absolument des dieux, ils sont tout ce qu'il y a de plus grand après Dieu , et ils ont avec lui une telle union qu'elle surpasse toute autre union, et ressemble à celle qui existe entre les personnes divines. En effet, de même que le Fils et l'Esprit-Saint sont Dieu, parce qu'ils ont une même vie, une même substance spirituelle de Dieu et une même divinité ; ainsi, celui qui est en état de grâce, parce qu'il a en soi, sans doute par participation, la vie, l'esprit et la divinité de Dieu, est appelé justement Dieu, à cause de la participation qu'il a de l'être divin. Et ainsi la sainte Trinité seule présente l'exemple qui peut le mieux expliquer ce qu'est cette union de la grâce. Aussi , Jésus , notre Rédempteur, s'est-il servi de cet exemple des personnes divines pour l'expliquer, et Ton chercherait vainement ailleurs un exemple qui la fasse si bien ressortir. Qu'on nous nomme, en effet, une substance naturelle s'unissant ainsi à une autre, qui soit en elle et lui donne la vie. Qu'on interroge la nature entière, on n'en trouvera aucune. Il n'y; a que les personnes divines, parce que le Père est dans le Fils et le Fils vit dans le Père. Or comme l'Esprit de Dieu est en celui qui possède l'état de grâce , et comme celui qui possède la grâce vit par le même esprit, cette union est désignée pour ce motif, non pas par un nom qui convienne à la créature, mais par un nom qui convient uniquement au

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