‹ La prix de la graceChapitre 199 sur 221 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE ONZIÈME

l'ombre de l'union divine avec l'âme en état de grâce , et les œuvres de Dieu surpassent incomparablement celles des hommes. En effet, de même que la filiation adoptive de Dieu par la grâce surpasse la filiation naturelle des hommes, comme nous l'avons dit, et que l'amitié de Dieu, par la grâce, surpasse l'amitié la plus pure et la plus étroite des hommes; ainsi, l'union et les fiançailles de Dieu sont incomparablement supérieures au mariage humain. Or, si le mariage humain élève l'épouse à la dignité de l'époux, de manière que si l'époux est comte, ou duc, ou roi, l'épouse participe à ces titres, quand bien même elle serait de basse condition , quelle dignité conférera à l'âme sainte le mariage et l'union avec Dieu , qui sont des liens beaucoup plus étroits ! Il élèvera cette âme au-dessus de toute la nature et lui donnera un être surnaturel et divin. Ainsi, toutes les créatures doivent reconnaître l'âme qui est en état de grâce comme leur souveraine et l'épouse de leur Seigneur et Créateur. Voilà pourquoi, dans le psaume quarante-quatrième, elle est appelée reine, et proposée majestueusement à la vénération des filles de Tyr et des riches du peuple, c'està-dire de toutes les créatures de l'univers entier qui n'ont pas une semblable dignité, quelque nobles 'et excellentes qu'elles soient ; car supposé que la grâce n'aurait pas, par son essence , un être surnaturel et qu'elle n'établirait pas celui qui la possède au-dessus de la nature , par ce seul titre d'épouse de l'Esprit-Saint, l'âme s'élèverait au-dessus de tout être naturel et atteindrait un degré suréminent. Que l'âme estime donc ce suprême honneur, et qu'elle ne se rende pas coupable envers son époux d'une trahison qui lui ferait tout perdre. Qu'elle ne lui cause jamais aucun déplaisir capable de la rendre digne d'être dépossédée du trône de Dieu. Qu'elle considère le . sort si différent des deux reines Vasti et Esther. La reine Vasti, après avoir été impératrice et maîtresse du monde entier,

fut répudiée ignominieusement et repoussée par le plus grand roi de la terre po~r avoir seulement désobéi à un de ses ordres; et cet événement lamentable et tragique répandit l'épouvante dans toute l'Asie. Mais il y a quelque chose qui mérite bien plus d'être pleuré, c'est la chute misérable que fait l'âme quand elle trangresse d'une manière grave un précepte divin; car elle est repoussée de Dieu, répudiée du roi son époux tout-puissant, dépouillée de la majesté de la grâce, privée de sa souveraineté sur la nature , rendue à son état de bassesse primitive et placée de nouveau sous l'empire du démon; de sorte que d'épouse chérie de Celui qui est le bien souverain, elle devient esclave de celui qui est le premier dans l'empire du mal , l'être maudit entre les créatures. Voilà ce que gagne l'homme en péchant, en sa montrant déloyal, adultère, traître et félon à l'égard de son Dieu et de son tendre bienfaiteur. Cette seule considération fait trembler. Quelle ne sera donc pas la misère de celui à qui arrive réellement un pareil malheur !

La reine Esther, au contraire, eut un sort très-heureux. Captive et étrangère , le trône et l'empire de toute l'Asie lui furent donnés. Choisie pour l'épouse du monarque du monde, elle fut chérie de lui et comblée des plus grandes faveurs. Ce bonheur inespéré n'est qu'une ombre de celui que possède l'âme qui reçoit la grâce; car de vil esclave du démon qu'elle était, elle est éleyée au royaume des cieux , choisie pour épouse de Dieu et rendue céleste et divine. Quelle fidélité elle doit garder à son époux ! Combien elle doit lui être reconnaissante ! Et quel doit être son désir de lui plaire ! Combien elle doit craindre de le perdre ! Combien elle doit s'efforcer de l'aimer !

De plus, il y a une très -grande différence entre le mariage humain et le mariage spirituel et divin, quant à la communication des titres de grandeur. Le mariage humain donne seulement à l'épouse le nom des titres de son mari, il ne lui en donne pas la propriété; tandis que le

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