‹ La prix de la graceChapitre 201 sur 221 · DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE ONZIÈME

s'il t'aimait seule ; mais il te donnerait plutôt des compagnes pour te prouver s'il t'aime moins qu'alors. Il n'en a pas été ainsi de Jacob , auquel il fut permis d'avoir plusieurs épouses , mais auquel il ne fut pas accordé d'aimer chacune comme si elle eût été seule ; car cela est le propre de la toute-puissance et de la bonté toute-puissante. » De même saint Augustin s'écrie : « O bon maître tout-puissant, vous prenez soin de chacun de nous comme si vous ne preniez soin que d'un seul, et vous prenez soin de tous en général comme de chacun en particulier 1 . » Et quel amour plus fidèle que celui qui va jusqu'à donner sa vie pour les âmes? Aussi saint Paul a proposé aux époux, comme l'idéal de l'amour matrimonial, l'amour de Jésus-Christ pour son Église, c'est-à-dire pour les âmes saintes: « Maris, aimez vos femmes comme Jésus-Christ a aimé l'Église, et s'est livré lui-même à la mort pour elle, afin de la sanctifier, après l'avoir purifiée dans le baptême de l'eau par la parole de vie, pour la faire devant lui pleine de gloire, n'ayant ni tache, ni ride, ni rien de semblable, mais étant sainte et irrépréhensible 2 . »

L'âme qui est en état de grâce doit donc correspondre à cette loyauté de Dieu et ne jamais manquer en quoi que ce soit à la foi d'épouse fidèle. Elle doit être tout yeux pour faire plaisir à son époux bien-aimé; elle doit être tout entière à son bien-aimé comme son bien-aimé est tout entier à elle ; elle doit employer toute son affection à le servir, tout son cœur à l'aimer, toute sa mémoire à se souvenir de lui, tout son entendement à le connaître et à l'admirer. Sans doute, en notre qualité de créatures, nous devrions tous servir Dieu de toutes nos forces; mais celui qui est en état de grâce y est doublement et trèsétroitement obligé à cause de cette union et de ce mariage spirituel; car, quand bien même l'âme n'aurait pas été

1 In Conf, ap. S. Thom., sup. Ephes., v.

* Ephes., v, 25.

créée par Dieu,, mais subsisterait d'elle-même , elle devrait se consumer à lui plaire , à l'aimer et à lui garder toute sa fidélité et sa loyauté. Que l'âme tremble donc à la pensée de cette double obligation; qu'elle tremble et qu'elle frémisse , elle qui peut trahir son divin Maître par un péché mortel. O chrétien, laissez-vous mettre en pièces plutôt que d'être perfide, plutôt que d'être adultère et infidèle à l'égard d'un Dieu si fidèle, si plein d'amour pour vou. !

Quant au second bien du mariage , qui est l'indissolubilité, Dieu pousse les choses si loin qu'il veut être éternellement avec son épouse; et de son côté il ne peut manquer à ce point; car, étant éternel, il ne peut mourir; étant immuable, il ne peut se repentir; étant juste, il ne peut faire tort à personne. Le lien du mariage humain est susceptible de se briser par la mort de l'époux; il peut être violé par le repentir ou l'injustice; mais l'immortalité de Dieu met cette union à l'abri de la mort et de la rupture; son immutabilité et sa justice ne peuvent la violer; et il est si délicat envers l'âme que jamais il ne se séparera d'elle, et qu'il ne consentira jamais au divorce. Aussi saint Thomas dit : * Mon âme , le mariage qu'il y a entre Dieu et toi a commencé au baptême; il est confirmé par la bonne vie , et c'est en la céleste patrie qu'il sera consommé; et après cette première union il sera impossible de jamais divorcer. » Car alors l'épouse sera, comme l'époux, immortelle dans les cieux. En cette vie seulement, ce mariage peut être dissous par la mort de l'âme quand celle-ci tombe en quelque péché. En effet, de même que le mariage humain est dissous par la mort d'un des époux , ainsi le mariage divin de l'âme avec Dieu est dissous par la mort de l'âme qui commet quelque péché grave. Toutefois même, en cela, il y a une grande différence entre le mariage de Dieu et celui des hommes : il n'est pas en notre pouvoir d'éviter la mort du corps, et

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