DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE ONZIÈME
ses parents; dans le second, toutes les œuvres de vertu doivent demeurer éternellement pour être récompensées; elles procureront une grande joie à l'âme qui les a enfantées. Dans le premier , les enfants coûtent de grands soins à leur mère, après qu'elle leur a donné le jour; dans le second, après avoir fait une bonne œuvre, on n'a plus besoin de s'en occuper; il ne reste qu'à s'efforcer d'en faire d'autres. Aussi saint Thomas conclut que le fruit de cette union avec Dieu doit être préféré au mariage humain; car dans le mariage spirituel on produit des, bonnes œuvres, et par elles on engendre spirituellement Jésus -Christ dans son propre cœur ou dans celui des autres. De même, s'adressant à l'âme : * Tu aimes davantage, dit-il, l'enfant que tu conçois plus purement, moyennant la grâce du Saint-Esprit, dans le sein de ton intelligence, que tu portes plus joyeusement, que tu enfantes avec plus de sécurité , que tu élèves plus facilement. Il sera le bâton de ta vieillesse , les yeux de ta 'cécité , et , avec une fidélité filiale , il se souviendra de toi au moment de ta mort. *
âme, vois donc les avantages de cette fécondité, et efforce-toi de donner les fruits de bénédiction de ce divin mariage. Avec quelle ardeur une reine qui est l'épouse d'un puissant roi désire avoir un fils! et, quand elle l'a mis au monde, quelle n'est pas sa joie ! Que l'âme donc s'efforce de n'être pas stérile dans son mariage avec Dieu ; qu'elle désire faire le bien plus que Rachel ne désirait avoir des fils; qu'elle craigne d'enfanter des monstres de fautes, elle qui doit produire les plus belles vertus; qu'elle ne fasse pas d'œuvre indigne de Dieu et capable de déplaire au Père céleste. Si un empereur puissant comme Assuérus, dans l'espoir d'avoir un fils héritier de ses États, épousait une esclave et la faisait monter sur le trône, ainsi que cela arriva pour Esther, attendant d'elle, avec la plus grande joie, un fils d'une beauté remarquable , quelle ne serait pas sa tristesse, si cette femme ne lui donnait qu'un monstre horrible, qui
n'aurait pas une forme humaine, mais qui ressemblerait à une brute ! Comme tout le royaume serait désolé ! Quelle serait la confusion de la reine, bien qu'elle ne fût pas la cause de ce malheur ! On voit par là quelle honte il y a pour l'âme qui, ayant été épousée, parce qu'elle était en état de grâce , par le Roi tout-puissant du ciel et de la terre, au lieu de faire des actes héroïques de vertu, commet, de sa propre volonté, un péché, c'est-à-dire la chose la plus horrible , la plus monstrueuse du monde. Que va dire son Époux 9 Que vont dire les anges, ses vassaux ? Que va-t-elle dire elle-même, pour peu qu'elle réfléchisse? Et s'il était prouvé que ce [fruit monstrueux d'une reine de la terré fût conçu par adultère, y aurait-il un châtiment assez grand pour une pareille trahison? Que cette considération fosse trembler notre âme, car toutes les fautes qu'elle fait sont autant de monstres, et tous ces monstres sont des fruits de l'adultère; ils ne viennent pas de Dieu , mais du démon et du monde avec lesquels nous nous sommes unis illicitement. Une âme qui est en état de grâce doit être très-fidèle envers Dieu; elle ne doit faire aucune œuvre qui ne procède de sa grâce. Elle ne doit prêter l'oreille qu'à PEsprit-Saint; elle ne doit concevoir que de TEsprit-Saint; car se guider d'après les lois du monde, les caprices de l'instinct naturel, les désirs de la chair et du sang, et non d'après la raison et l'Évangile, ce n'est pas autre chose que commettre l'adultère avec Satan qui inspire à l'âme de telles choses et la féconde pour toute espèce de péché. Que l'épouse de l'Esprit-Saint garde donc son cœur à son Époux avec une grande fidélité. Qu'elle se conserve pure et parfaitement nette, comme Test son Époux, afin que ses œuvres soient pures également.
Du soin qu'on a de faire des actes de vertu, et de la perfection des bonnes œuvres , résulte pour celui qui est