CHAPITRE DOUZIEME
Comment celui qui est en état de grâce obtient la domination suprême sur toutes choses, et du droit que la grâce lui donne d'être le maître du monde.
Plusieurs docteurs déduisent des grandeurs de la grâce que nous avons exposées une nouvelle prérogative bien remarquable : selon eux, la grâce élève celui qui la possède à l'empire du monde, et au souverain domaine sur toutes choses. 11 semble qu'il en doit être ainsi par cela seul que la grâce fait de l'âme l'épouse de Dieu et lui donne ainsi la propriété de tout ce que Dieu possède. C'est la pensée de l'abbé Philippe de Havinge 1 . En effet, la personne qui devient l'épouse d'un roi est la souveraine et la reine de toutes les provinces que possède son époux. Aussi le docteur que nous venons de citer observe que dans le livre des Cantiques, quand l'époux et l'épouse parlent, ils se servent de ce mot : « Notre. » L'époux ne dit pas : ma terre, mais : notre terre; car, par le droit de ce divin mariage., l'âme sainte devient mal tresse de la terre, parce que Dieu en est le maître. Et ailleurs, l'époux ne dit pas : ma vigne, mais : notre vigne. « Réjouissons-nous, dit ce docteur, de ce que toutes les choses de Dieu nous sont communes , comme le demande le contrat des époux. » Cependant, ce n'est pas le seul titre, ni même le titre le plus rigoureux, qui donne l'empire du monde à celui qui est en état de grâce. Il y en a beaucoup d'autres , comme nous le verrons bientôt. Je veux d'abord faire remarquer sur quel solide fondement repose cette doctrine, qui paraîtra nouvelle à plusieurs, quoiqu'elle ne le soit pas pour un grand nombre de doc-
1 Lib. III in Cant., c. x , p. 182.