‹ La prix de la graceChapitre 208 sur 221 · DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE DOUZIÈME

teurs qui la tirent de la sainte Écriture, et l'appuient sur de très-graves témoignages.

Cet empire que les âmes en état de grâce ont sur toutes choses est plus glorieux et plus excellent que celui des plus grands rois sur leurs provinces; et le pouvoir politique de tous les monarques du monde n'empêche pas le souverain domaine des justes , pas plus qu'il n'empêche le domaine de Jésus-Christ et de sa mère sur toutes les choses créées. De même que Jésus-Christ notre rédempteur est véritablement roi de tout l'univers , ainsi ceux qui sont en état de grâce ont sur toutes choses une principauté très-excellente. Voilà encore une admirable excellence et une magnifique dignité de la grâce. Gerson discute ce point d'une manière particulière dans une très-docte dissertation sur le domaine évangélique '. Considérant cette question à la manière scolastique, il prouve comment ceux qui sont en état de grâce ont, à beaucoup de titres, l'empire sur toutes choses et la principauté de l'univers; et après avoir fait remarquer que ces propositions sont fondées et solides, il conclut ainsi : a Le domaine qui a -sa source dans le titre de l'état de grâce est plus beau, plus fécond , plus divin que celui qui a sa source dans le droit civil ou la politique 2 . » Puis il dit : « La principauté royale qui découle du titre de l'état de grâce a été restituée par la passion de Jésus-Christ d'une manière plus étendue et plus abondante qu'elle n'existait avant le péché. » Et reprenant ensuite les pécheurs, il ajoute : \ Ils rejettent loin d'eux le titre de la grâce, ce titre très-excellent et trèsprofitable. Toutes choses sont entre les mains de celui qui le possède. » Ce docteur parle ici dans le sens rigoureux . Il pose ce cas : deux hommes , dont l'un possède la grâce et l'autre en est privé, se meurent de faim. Il n'y a qu'un pain suffisant pour un seul, et ce pain appartient,

1 Tom. II, serai, de Domin. Evang.

2 Sup. col. 591, in med.

au titre du domaine civil, à celui qui n'a pas la grâce; l'autre n'a sur ce pain d'autre droit que celui que lui confère le titre de la grâce. Qui des deux pourra manger le pain? Gerson répond : a C'est le juste, parce que ce juste, par le titre de la grâce , s'est créé un droit plus véritable et plus conforme au bon plaisir de Dieu. » Mais cette question ne touche pas à mon dessein , et la conclusion n'est pas certaine, ni nécessaire relativement à la principauté d'excellence d'un genre très-différent que possèdent ceux qui sont en état de grâce. D'un autre côté, le juste, sachant qu'il est en état de grâce, ne voudrait pas manger de ce pain quand bien même il serait à lui; mais il voudrait que l'autre le mangeât, afin d'éviter, à son prochain le malheur de la damnation, s'il mourait en état de péché mortel. Toutefois, si, en considération de la dignité des personnes, ce pain ne devrait pas être donné à d'autres qu'au juste, qui est l'enfant de Dieu, le souverain maître de l'univers, il doit, de toute manière, tourner à l'avantage et à l'utilité de l'homme qui est en état de grâce , quand bien même celui-ci ne le mangerait pas; car son domaine universel est d'une telle nature que toutes les choses doivent le servir toujours même si un autre en est propriétaire. Ainsi, rien ne peut lui échapper, ni sortir de ses mains, ni de son service comme prince et roi , au moins tant qu'il fait un bon et légitime usage de tout ce qui lui sert, de tout ce qui l'aide à obtenir le salut éternel. Aussi Gerson s'écrie ensuite : « Quoi de plus admirable et de plus doux ! Tout fidèle en état de grâce est, comme Jésus-Christ, monarque de toutes choses. Ouvrez les yeux, mes frères bien-aimés; que la joie éclate sur votre visage , que la sérénité brille dans vos regards, que tous les sentiments de votre cœur se manifestent et que vos actions de grâces se fassent entendre ; que votre bouche, votre langue, votre intelligence, votre sens, la vigueur de votre âme entonnent la louange de Dieu, chantent des cantiques de bénédiction et d'allégresse. Quelle joie!

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