‹ La prix de la graceChapitre 209 sur 221 · DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. - CHAPITRE DOUZIÈME

quel bonheur jusqu'ici inconnu ! Assurément , rien de plu* grand, de plus excellent, de plus beau ne pouvait foire l'objet de nos désirs; car trois titres pour un assurent au chrétien sa qualité de monarque. Toutes choses ont été remises entre les mains du chrétien. Il est permis de dire que le chrétien est très-puissant, et je n'éprouve pas d'embarras à soutenir qu'il est tout-puissant. Qu'on m'accuse de blasphème si l'Apôtre n'a pas dit cela de lui-même , lui qui était semblable à nous, quand il s'est écrié : « Je puis « tout en Celui qui me fortifie 1 . » Saint Bernard le dit clairement : « Je suis tout-puissant. » Et si l'autorité de l'Apôtre est peu de chose, celle de Jésus-Christ doit suffire : « A celui qui croit, dit-il , rien n'est impossible 2 . * Cependant , si quelqu'un doutait de ce que nous disons , parce qu'il lui semblerait que nous parlons sans fondement et que nous inventons ce que nous voudrions voir exister au sujet de ce souverain domaine qu'a le chrétien sur l'univers, qu'il entende ce que l'Apôtre écrit aux Romains : a S'il n'a pas épargné son propre Fils , mais l'a livré à la * mort pour nous tous, comment avec lui ne nous donner ai t-il point toutes choses 3 ?» Voilà, âme fidèle à Jésus-Christ, un témoignage bien clair de l'Apôtre et même une preuve qui atteste que le Père éternel a remis toutes choses en vos mains. C'est du Père éternel que le même apôtre dit dans sa lettre à Timothée 4 qu'il nous fournit toutes choses avec abondance. Saint Jérôme n'a pas manqué de parler de ce domaine. Écrivant à Paulin, il dit : « Tout le monde « des richesses appartient à celui qui croit. » Tels sont les dévelopements donnés par Gerson.

Outre saint Jérôme, Clément d'Alexandrie 5 , saint

1 Phil., iv.

2 S. Matth., xvit.

3 Rom. t vin, 32.

* Tim., vi.

5 Stromat.,u.

Ambroise 1 , l'abbé Philippe 4 , saint Anselme 3 et les autres Pères confirment cette doctrine. Et ce n'est pas sans mystère que les justes dans l'Écriture sont appelés rois. Il est dit, en effet, dans l'Évangile de saint Matthieu : « Beaucoup de prophètes et de justes ont désiré voir Jésus-Christ « , et dans celui de saint Luc : « Beaucoup de prophètes et de rois ont désiré voir Jésus-Christ. » Ici, selon la remarque de Bède, sont appelés rois ceux qui là sont appelés justes; et cela, parce que ceux qui sont en état de grâce sont rois et plus que rois, à cause du souverain domaine très -étendu et universel qu'ils ont sur toutes les choses. Aussi Dieu se fait gloire de s'appeler le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs , c'est-A-dire le Roi, le Seigneur des justes, qui sont rois et seigneurs du monde; car l'autre royauté que peuvent avoir les hommes pécheurs ne mérite pas qu'on en fasse cas. Pour la même raison, la grâce est appelée royaume; car elle est le titre auquel sont rois ceux qui la possèdent. Le Sauveur du monde nous a dit de chercher le royaume de Dieu et sa justice, nous assurant qu'avec elle tout le reste nous serait donné par surcroît. La justice du royaume de Dieu est la grâce, comme le dit Gerson, parce qu'elle donne droit en justice au royaume et à la monarchie de tout l'univers. Véritablement, la libéralité du Créateur devait surpasser la pensée de toutes les créatures. Et si le démon, pour se faire adorer, a promis tous les royaumes du monde, il convenait à cette infinie bonté de donner toutes choses à qui l'adorerait et le servirait comme fait le juste. Saint Paul, parlant de la part de Dieu à ceux qui appartiennent à Jésus-Christ, parce qu'ils sont en état de grâce, leur dit d'une manière absolue : * Tout est à vous 4 . » Ce qui doit

1 Lib. De Abraham,

* Lib. II in Canl., cap. x et xm.

3 Lib. De dot. beat., et lib. De simil.

* / Cor., xm.

Page 1