‹ La prix de la graceChapitre 211 sur 221 · DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE DOUZIÈME

gent de la terre, ne peuvent être estimés plus que la vertu 1 . » Et comme la vertu vaut plus que tous les biens de la terre qui ne peuvent être comparés à son excellence , et que le sage possède la vertu , il est donc plus riche que s'il avait tous les trésors du monde ; il est plus que roi , il est comme le monarque de l'univers. * Celui-là est riche , dit un ancien philosophe, qui possède des choses de valeur et tenues en grande estime; or, la vertu a un prix incomparable, elle est digne de toute estime, et seul le sage la possède; donc, seul le sage est riche 2 . » Cette raison a encore plus de force quand il s'agit de la grâce , parce que si le prix de la vertu même purement naturelle rend les hommes si riches, combien les vertus surnaturelles et la grâce elle-même les pourront-elles enrichir? Un seul atome de grâce vaut mille fois plus que toute la nature ; partant celui qui est en état de grâce est mille fois plus que ne serait le souverain de tout l'univers. La seconde raison, c'est que le sage sait bien user de toutes les choses; il en tire toujours son avantage, et ainsi toutes le servent; par là, il est le maître de tout. Mais cela a lieu d'une manière plus parfaite pour l'homme en état de grâce; car, comme dit la sainte Écriture, « tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu 3 » , et tout se change en bien pour eux, parce qu'eux seuls peuvent faire un bon usage des choses; ils en usent pour Dieu, et Dieu use de toutes les choses et les gouverne pour leur bien.

Ces raisons, qui font affirmer aux philosophes que le sage est le roi et le maître du monde, établissent bien qu'il est autant que s'il possédait toutes les créatures dans le bon usage de celles dont il dispose, et qu'il a dans la seule vertu des richesses plus grandes que celles de toute la terre ; mais ces raisons ne prouvent pas qu'il est le maître de tout

1 Par ad. uliijn.

2 Sextus Empiricus, Adversus matkem.

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