DEUXIÈME PARTIE. — CHAPITRE DOUZIÈME
mieux en méprisant les richesses que ceux qui possèdent en propre des trésors en vertu du droit civil. Tout tourne à la confusion de l'avare et de l'ambitieux. L'un est un insensé , l'autre un barbare. Quelle plus grande folie que celle de l'avarice , qui veut avoir à elle seule ce qui peut être commun; qui, pour s'approprier les choses, les perd : de telle sorte qu'elle ne possède ni ce qu'elle a de trop, ni ce qui lui manque, et qui, pour avoir plus, perd tout; tandis qu'elle pouvait avoir tout, en ne voulant rien que la grâce de Dieu ! Et quelle plus grande inhumanité que celle de l'ambitieux qui hait ses propres biens et ceux qu'il peut acquérir, parce qu'il les voit dans un autre !
Apprenons donc à connaître cette excellence de la royauté de la grâce et les grandeurs du souverain domaine qu'elle communique. Celui qui la possède est riche , il est roi et maître de tout. Au contraire, celui qui en est privé est pauvre; il n'est qu'un misérable esclave. Peuton concevoir un homme plus pauvre que celui qui n'a rien qui lui profite , parce que tout pour lui se change en mal ? Et comme avec ses biens il ne sert pas son Créateur, il n'a pas de biens, il n'a pas la juste possession même de ce qui est à lui. C'est pour cela que Guillaume de Parsi a dit : « Nous ne possédons à juste titre que ce que Dieu possède totalement en nous, c'est-à-dire ce avec quoi nous le servons totalement; autrement, nous sommes non-seulement des usurpateurs, mais des voleurs; car nous n'avons droit à rien, si ce n'est à la chose avec laquelle nous le servons, et en tant que nous le servons par l'usage de cette chose. La société qu'il y a entre Dieu et nous veut que tout soit à lui et tout à nous 1 . » Et ainsi le pécheur qui fait un mauvais usage des créatures n'a rien; il est pauvre, il est misérable, il est esclave d'un grand nombre de rivaux : du péché, de la peine, du démon, de ses appétits, de ses passions , de la mort éternelle et temporelle*
* Tract, de meritiê,?. 802.
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