PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE DEUXIÈME
renferme chacune de ces paroles, les esprits célestes euxmêmes ne les pourraient raconter avec leurs langues ange- Ijques; les chérubins seraient incapables d'en avoir une idée avec leurs intelligences si élevées ; les séraphins seraient impuissants à les estimer comme elles le méritent, avec leurs cœurs si ardents. Il y avait aux deux extrémités de l'arche d'alliance deux chérubins qui se regardaient l'un l'autre, plongés dans un silence plein d'étonnement, le visage tourné du côté du propitiatoire 1 . N'était-ce pas l'image du ravissement de tout le ciel à la vue de la grande bonté et de la libéralité miséricordieuse avec laquelle Dieu communique à ses créatures, par la grâce, comme en une divine pièce de monnaie de telles richesses? homme témoin de cette admiration des esprits célestes, ne sentez- vous pas ce que vous perdez en perdant la grâce? n'êtes-vous pas saisi d'effroi à la pensée d'une telle perte? et tant de grandeurs que vous laissez tomber à terre, tant de richesses que vous jetez dans l'eau, tant de biens que vous dissipez ne vous causent-ils aucune terreur? Est-il raisonnable de perdre ce trésor et par là même de vous perdre, de vous faire maudire de Dieu et de toutes les créatures, et de mériter des peines et des maux éternels?
Quel changement fatal et dangereux s'opère dans le pécheur qui perd la grâce ! Rien n'est plus épouvantable. Il avait plus de grandeur qu'un séraphin n'en a par sa nature; le voilà descendu au rang du démon; il était au-dessus des susbstances les plus pures du monde; le voilà abaissé au-dessous même des brutes ; il désire et il fait ce que ne font pas ces animaux sans raison; il était l'enfant et l'ami de Dieu; le voilà réduit à être l'esclave de son appétit, et le prisonnier du malin esprit; il était agréable au Très-Haut; le voilà devenu un objet d'horreur pour Dieu , et son ennemi capital; il était le temple de
1 Exod,, x*v.
J'Esprit Saint; il est maintenant la caverne des dragons et la demeure des démons ; il avait une beauté au-dessus de toute beauté ; ce n'est plus maintenant qu'un monstre de l'enfer; il possédait des richesses éternelles, et le voilà tombé dans une misère, une indigence, un dénùment sans nom; il avait droit à l'héritage du ciel; le voilà condamné par l'éternelle justice à des tourments et des peines sans fin. folie terrible ! désespoir affreux du pécheur ! Qui n'est pas saisi d'effroi en voyant les maux sans nombre qu'il s'attire d'un seul coup, et les biens dont il se prive en un instant? Qui n'est pas hors de soi-même à la pensée que celui qui pèche gravement, d'un seul coup se fait tant de mal et perd de pareils trésors ?
L'apôtre saint Pierre a indiqué la multitude, la grandeur et le prix des biens que la grâce apporte avec elle quand il a dit : « Il nous a communiqué les grandes et précieuses grâces qu'il avait promises, pour vous rendre par ces grâces participants de la nature divine *. » Il donne à ces précieuses grâces le nom de promesses, d'abord parce que, à cause de leur grandeur, Dieu les avait promises à l'avance, comme une faveur singulière qu'il devait faire au monde; ensuite parce qu'elles contienent en elles des promesses d'autres grâces plus grandes encore; car aux biens de la grâce sont promis ceux de la gloire. 11 dit de plus qu'elles sont non pas seulement grandes, mais très-grandes, car elles surpassent toutes les grandeurs du monde terrestre et céleste, toutes celles de la nature humaine et angélique. A la qualité d'être très-grandes, il ajoute celle d'être précieuses, non pas parce que tout ce qui est grand et abondant est précieux, les hommes ordinairement estimant davantage ce qui est
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