‹ La prix de la graceChapitre 28 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE TROISIÈME

grande œuvre de Dieu, cette infinie miséricorde, dont il use envers les enfants d'Adam v en leur communiquant sa grâce. Salomon, avec toute sa sagesse, parlant des œuvres de Dieu, dit que l'homme ne peut rendre raison d'aucune. Or, comment poiirrait-on rendre raison des œuvres surnaturelles infiniment supérieures à tout ce que la nature offre de plus magnifique? Et qui donc pourrait revenir de son admiration à leur vue? En effet, si la grâce a plus de valeur que l'homme et l'ange, combien ne surpasset-elle pas le reste de la nature, qui est au-dessous de ces deux êtres ! a Saint Thomas dit quejla charité — et il faut entendre cela de la grâce — est, dans son espèce, plus excellente que l'âme; or, saint Chrysostôme a dit de l'âme : « Il n'y a aucune chose qui puisse lui être comparée. » Combien donc la grâce est-elle au-dessus de tout l'univers ! Saint Augustin a dit aussi * qu'il est meilleur d'être juste que d'être homme * » , mettant les avantages de la grâce, par laquelle nous sommes justes, au-dessus de l'âme, par laquelle nous sommes homme*. EtLessius 2 , parlant de l'excellence de l'homme, a dit qu'il est infiniment meilleur que les autres natures inférieures, parce qu'un seul homme serait meilleur qu'elles toutes ensemble: animaux, plantes, or, argent, ciel, terre, supposé même que tout cela fût infini en nombre et en grandeur. Or, que sera la grâce, elle qui est au-dessus de la nature même de l'homme et de l'ange, ainsi que l'écrit saint Augustin ?

Ajoutons ceci : l'excellence de la grâce tient cette supériorité non pas seulement de son entité, qui, considérée comme qualité spéciale , est plus parfaite et plus excellente que toute substance naturelle 3 , mais de sa valeur et

1 Serm. xv, De verb. Apost.

a Lib. I De per/ect. divin 1.

3 Telle est l'opinion de saini Thomas , de saint Bqnaventure, du Pèrç Va- Jencia, du Père ^ioljna, du Père Grenade , etc.

de son prix. Une fourmi est plus parfaite que l'or; mais elle n'est pas aussi précieuse. Il n'en est point ainsi de la grâce; car, en dehors de la perfection surnaturelle de son entité, elle est très-précieuse et elle a plus de valeur que la nature et tous les biens de la nature. Aussi , Salomou Ta dit : « Elle est plus aimable que ce qu'il y a de plus précieux , et tout ce qu'on désire le plus ne peut lui être comparé '. »

Arrêtez donc vos yeux, chrétiens, sur cette grandeur; voyez ce que vous recevez, quand vous recevez la grâce; et jugez si vous n'avez pas toutes les raisons possibles pour l'estimer et la faire fructifier en vous. Que ce don de Dieu est grand ! Quelle joie ce serait pour un avare dénué de tout, de se trouver subitement possesseur de riches mines d'or et d'argent, d'une grande multitude d'héritages et de troupeaux , et de compter plus de chameaux , de vaches , de brebis que le saint homme Job et le patriarche Jacob ! Tous ces biens sont dans la sphère inférieure des choses naturelles. Le plus petit degré de grâce, qui vaut plus que toutes les richesses du monde, ne devrait-il pas nous réjouir infiniment davantage? De quelle grande folie les hommes ne font-ils pas preuve quand , pour un intérêt de la terre , ils perdent ce qui a plus de valeur que la terre et les cieux ! Combien , hélas ! perdent la grâce pour se procurer un avantage temporel, pour soutenir leurs prétentions ou celles d'un voisin, d'un ami, réclamant des choses injustes; ou si elles ne le sont pas, usant, pour les obtenir, de moyens iniques; ou si ces moyens sont légitimes, agissant avec passion, avec colère, l'âme remplie de haine contre leur adversaire ! les plus insensés , les plus fous des hommes , que prétendez- vous avoir? Pourquoi vous remuez- vous si fort pour perdre tant? Où est votre jugement? Perdre beaucoup pour gagner peu, est-ce un profit? Pour obtenir ce qui n'est rien,

1 Prov., vin.

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