PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE TROISIÈME
sans se donner beaucoup de peine. Que d'hommes à cette condition ne cesseraient tout le jour de prononcer ce nom de bouche et de cœur, et recommenceraient mille fois, sans se lasser jamais, cet acte si simple, ou tout autre, fût-il contre la loi de Dieu ! Or, l'âme juste trouve un profit infiniment plus grand pour chacune des bonnes œuvre* qu'elle accomplit, pour toutes les fois qu'elle prononce le nom de Jésus, qu'elle élève son cœur au ciel, qu'elle s'humilie, qu'elle se mortifie, qu'elle fait tout autre acte de Vertu qui rentre dans la loi.
Pourquoi donc négligeons-nous d'acquérir ces trésors ? Si quelqu'un, pour chaque pensée qu'il aurait, ou chaque pas qu'il ferait, voyait à sa volonté la terre s'ouvrir et lui offrir de grands trésors , comme il serait heureux ! Ce bonheur est celui des âmes ferventes et saintes , qui , par chaque bonne pensée , par chaque acte de vertu, font que le ciel s'ouvre pour elles, et répand dans leurs âmes sa grâce, dont le moindre degré vaut plus que tout l'or de la création, et que la création elle-même.
Puissent les serviteurs de Dieu considérer sérieusement cette vérité et avoir toujours devant les yeux qu'un seul degré de grâce est un plus grand bien que le bien de tout l'univers créé, et que l'œuvre surnaturelle de la justification qui se fait par la grâce est une plus grande œuvre que toutes les œuvres naturelles de Dieu. Le pieux Gerson a dit avec beaucoup de sens que Dieu a fait une œuvre nouvelle de grâce au-dessus de la nature, pour que « la grâce fût la souveraine et la reine de la nature ! * .
1 Serm. De Circumcs,