PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE QUATRIÈME
plit en ce monde en faveur des hommes, aucune n'exige un plus grand pouvoir que celle de répandre la grâce dans leur âme. Nous confirmerons cette assertion par l'autorité de saint Augustin et par la comparaison des plus grands miracles du monde, qui, rapprochés de la grâce, apparaîtront bien inférieurs à elle.
« Celui qui croira en moi, dit Jésus-Christ, fera les œuvres que j'ai faites, et il en fera même de plus grandes. » Saint Augustin, considérant ces paroles du Fils de Dieu, examine comment il peut se faire que les hommes qui croient en Jésus-Christ accomplissent des œuvres plus grandes que le Sauveur; le divin Maître parlait ici principalement du chrétien en général. Sans doute, quelques saints ont fait des miracles semblables à ceux de Jésus- Christ et même de plus grands, comme saint Pierre qui, avec son ombre, guérissait les malades; mais ces thaumaturges sont peu nombreux, et l'on n'a jamais vu la masse des fidèles faire des prodiges et des miracles plus grands que Jésus-Christ. Voici la solution que le saint docteur donne à cette difficulté : ces œuvres, plus grandes, opérées par les fidèles dont parle le Sauveur, sont leur justification, c'est-à-dire les bonnes œuvres par lesquelles ils se disposent à recevoir la grâce habituelle, grâce qui est une plus grande chose que tous les miracles visibles faits par Jésus-Christ, notre Rédempteur. Les miracles opérés par Jésus-Christ rentrent dans les trois classes de miracles dont parle saint Thomas. Ce divin Sauveur a guéri subitement un grand nombre de paralysies, de lèpres, de fièvres, de pertes de sang, et beaucoup d'autres infirmités : et ceci constitue le troisième genre de miracles. Jésus-Christ a rendu la vue à un aveugle de naissance, au grand étonnement de tout le peuple transporté d'admiration. Il ressuscita Lazare, mort depuis quatre jours, â la stupéfaction, non moins grande, de toute la Judée; il donna la lumière b d'autres aveugles , et ressuscita aussi d'autres morts ; et,
ceci constitue le deuxième genre de miracles. Enfin, Jésus- Christ donna quelquefois à son corps la pénétrabilité, puisqu'il passa, sans corruption, à travers le sein de sa mère, et à travers les murs de la maison où étaient rassemblés les apôtres ; il lui donna aussi les prérogatives de gloire le jour de la Transfiguration; et ceci constitue le premier genre de miracles. Or, au-dessus de tous ces miracles , de toutes ces œuvres , il y a , dit le Sauveur, des œuvres plus grandes encore, celles qu'opèrent les fidèles ou leur justification, à. cause de la grâce que ces œuvres obtiennent. Sans doute , ces œuvres ne sont pas la cause efficiente de la grâce; mais elles la méritent ou elles disposent à la recevoir a* ec le secours de Dieu,
Oh ! si les hommes comprenaient l'action qu'ils accomplissent, quand ils font un acte de contrition , quand ils se convertissent de cœur à Dieu ! Ils font une œuvre plus miraculeuse que s'ils transfiguraient leurs corps comme celui de Jésus-Christ sur le Thabor, se revêtant des quatre dons de la gloire; ils font une œuvre plus miraculeuse que s'ils ressuscitaient des morts du tombeau; ils font une plus grande merveille que s'ils créaient un homme; ils font plus en cela que Dieu n'a fait en la création. « S'il t'a fait ' homme, dit saint Augustin, et si toi tu te fais juste, tu fais une chose meilleure que Dieu n'a fait lui-même. » Si vous étiez profondément affligé de la mort d'un de vos frères , et qu'on vous dît : a Pour le ressusciter, vous n'avez qu'à vous repentir de vos péchés et qu'à faire un acte d'amour de Dieu », seriez-vous assez ingrat envers le Seigneur, assez peu affectionné à votre frère pour ne pas faire avec empressement une chose si facile et si peu coûteuse ? Et vous négligeriez de faire un miracle plus grand et plus utile pour vous, celui de ressusciter votre âme par la