‹ La prix de la graceChapitre 42 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE CINQUIÈME

se peut faire sans le péché, doit vous sembler plus malheureux que d'être privé éternellement du bonheur de la gloire. Ouvrez donc les yeux , 6 hommes présomptueux ! ô vous qui êtes le jouet de misérables illusions, pesez combien vous devez estimer la grâce de votre Rédempteur; préférez d'être au sein des supplices éternels plutôt que de vivre un instant sans cette divine grâce. En agissant ainsi, vous serez dans le vrai; et l'exagération ici n'est pas à craindre. Vous serez toujours au-dessous de la grande idée que vous devez avoir de la grâce. Perdre la vie, perdre les biens, perdre l'honneur, perdre ses enfants , perdre ses parents, perdre toutes les créatures, perdre l'univers entier, perdre le ciel empyrée, perdre le bonheur de la gloire : j'y consens ; mais perdre la grâce un seul instant en commettant le péché, jamais! Agrippine désirait tellement voir son fils empereur, ne fût-ce qu'une heure, qu'elle disait : « Je donnerais* ma vie pour avoir cette consolation. * Celui qui possède la grâce est plus qu un roi , plus que l'empereur de mille mondes; et il ne doit pas consentir à perdre, même pour une heure, un si grand honneur. L'apôtre saint Paul, qui aurait renoncé au bonheur de la gloire, comme nous l'avons dit, si cela eût pu procurer le salut de ses frères, parlant de la grâce et de la charité, ces deux choses inséparables, exprime cette pensée arrêtée dans son cœur que ni le ciel , ni la terre, ni les peines , ni les dangers, ni les choses présentes, ni les choses futures, ne le feront consentir à perdre la grâce et à être séparé de Jésus- Christ par la diminution de la charité : « Je suis assuré, dit-il, que ni la mort, ni la vie, ni les anges, ni les principautés, ni les puissances, ni les choses présentes, ni les futures, ni la violence, ni tout ce qu'il y a de plus haut ou plus profond, ni toute autre créature ne nous pourra jamais séparer de l'amour de Dieu. » Comme s'il disait : moi qui désire être privé de la gloire de Jésus- Christ pour le salut du prochain , j'ai une *\ $candA sa£va\&

de la grâce, et je regretterais tant d'être un instant sans elle qu'en aucun cas je ne voudrais jamais consentir à la perdre; et, quand bien même il me faudrait mourir avec tous ceux que j'aime; quand les anges devraient périr, les Puissances et les Vertus des cieux être anéanties, le monde s'écrouler; quand même la gloire du Paradis me serait ravie; quand le monde entier s'élèverait contre moi; dusse -je être englouti dans les abîmes et précipité dans le gouffre où sont torturés les démons; quand de nouvelles créatures, sorties de la main de Dieu, me promettraient une nouvelle gloire, me menaceraient de nouveaux enfers, je ne me séparerais jamais, ne fût-ce qu'un instant, de la grâce et de la charité. Voilà l'estime qu'il faut avoir pour la grâce, estime incomparable, au-dessus de tout. Voilà le prix qu'il faut y attacher, la mettant au-dessus de tout avantage humain, de tout don di> in. On ne doit acheter aucun bien par la perte de la grâce, pas même la béatitude céleste, supposé qu'elle piH exister sans elle.

La justification est la plus grande des œuvres de Dieu, tant naturelles que miraculeuses; elle est supérieure même aux prodiges que fit Jésus-Christ en confirmation de sa doctrine. Or, malgré tant d'excellence, la grâce n'est pas un miracle; ce qui doit être pour nous un puissant motif de nous montrer reconnaissants envers Dieu, et d'apprécier davantage cet inestimable bienfait. Le Docteur angélique traite ce point avec sa science accoutumée, et demande si l'œuvre de la justification est miraculeuse. Il répond : la grâce étant au-dessus de toutes les forces de la nature, et la vertu dh ine ayant seule le pouvoir de la produire, on peut en ce sens la dire miraculeuse; toutefois, pour d'autres raisons elle ne l'est pas. Voici ces raisons : i Dans les œuvres miraculeuses, dit ce saint docteur,

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