PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE CINQUIÈME
il y a quelque chose d'inaccoutumé , et en dehors de Tordre commun de produire un effet; par exemple quand quelqu'un obtient une santé parfaite tout à coup, en dehors du cours ordinaire de la guérison produite par la nature ou par l'art. Dans ce sens, la justification du pécheur est quelquefois miraculeuse, quelquefois elle ne l'est pas; car le cours commun et ordinaire de la justification est que Dieu imprimant intérieurement un mouvement à l'âme, l'homme se convertit à Dieu, d'abord pat une conversion imparfaite, afin qu'il arrive après à la conversion parfaite; car, la charité qui commence mérite d'être augmentée ; et augmentée, elle mérite d'être perfectionnée, comme dit saint Augustin. Mais quelquefois Dieu remue l'homme avec tant de véhémence que tout de suite il acquiert une certaine perfection de justice; ce qui eut lieu dans la conversion de saint Paul, renversé à terre miraculeusement; et, à cause de cela, la conversion de saint Paul se célèbre dans l'Église, comme miraculeuse. » Ainsi s'exprime saint Thomas.
Qui ne voit ici le désir infini que Dieu a de notre bien et son immense libéralité, puisque ce don si grand de la grâce et de la justification, il l'a rendu ordinaire et habituel? Étant au-dessus de tous les miracles, il cesse d'être un miracle , parce qu'il est commun. Assurément , il ne serait pas raisonnable % de moins estimer un don quand on doit estimer davantage le donateur. Si Dieu fait plus, si sa grâce est à notre portée , nous ne devons pas moins estimer cet adorable bienfaiteur, et nous exposer au danger d'être privés de ce don si précieux. L'infinie bonté de notre Créateur a rendu ce don ordinaire, afin que nous puissions le trouver facilement et que tous ceux qui le veulent l'obtiennent. Ce serait donc une énorme ingratitude de mépriser, comme chose commune, ce dont Dieu a voulu que nous jouissions tous et toujours. Si la grâce était donnée à un seul homme et uns mn\* Wvs» wen»&
on l'estimerait ! Le cœur humain n'aurait jamais' le courage de perdre un tel trésor, et d'y renoncer une fois qu'il le posséderait. Mais Dieu nous a fait ce divin présent dans des conditions meilleures. Ce n'est donc pas avec une moindre estime , mais avec une plus grande gratitude, que nous devons accueillir ce bienfait. Non, Seigneur, parce que vous êtes plus libéral envers l'homme, il n'est pas raisonnable que l'homme vous soit moins reconnaissant. Il n'est pas raisonnable que ce qu'on estimerait davantage , s'il était plus rare , on l'estime moins , parce qu'il est donné avec plus de libéralité. C'est ce que vous avez fait pour la grâce. Afin que nous ne soyons pas privés de ce bien, vous avez rendu ordinaire ce qui est miraculeux. Ainsi, l'homme devait se sentir animé à rechercher comme étant commun un bien auquel il n'aurait pas eu le courage de prétendre, s'il eût été miraculeux; ainsi il devait être sans excuse s'il ne le possédait pas. Bénie soit aussi la miséricorde et la providence paternelle que vous montrez dans la disposition de la grâce, puisque vous savez en même temps faire des miracles en ce qui, étant ordinaire, cesse d'être miraculeux. Vous voulez de toutes façons nous communiquer ce bien , d'une manière ordinaire et extraordinaire , afin que le monde connaisse l'estime que vous en faites, et que les hommes l'estiment et le recherchent de tout leur cœur.