‹ La prix de la graceChapitre 51 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE SEPTIÈME

[ue les Pères et les Docteurs sont impuissants à l'expliquer. >elon saint Denys l'Aréopagite *, la grâce élève celui qui a possède à un ordre et un état divin, lui communiquant me vie divine. Saint Maxime dit : « Le propre de la grâce :st de donner aux créatures la divinité ; cette grâce éclaire a nature d'une lumière surnaturelle , et , par l'excellence le sa gloire , elle l'établit au-dessus de ses propres imites 2 . » Le Docteur angélique dit qu'elle déifie et livinise l'âme 3 . Peut-il y avoir une grandeur plus excelente ? Par elle , une créature monte pour ainsi dire au •ang de la divinité. Il y a en tout des degrés divers en iroportion de la dignité des choses. Quelques natures n'ont pi'un être simple , comme les éléments ; d'autres ont un itre composé avec les propriétés particulières qui en 'ésultent , comme les pierres , les métaux ; d'autres ont, Mitre cela, un être vivant, comme les arbres et les plantes ; l'autres s'élèvent à un degré supérieur à l'être vivant : îlles ont l'être sensitif et capable de quelque connaissance, iomme les oiseaux , les animaux ; et d'autres placées aulessus de l'être sensitif ont l'être raisonnable, qui est :rès-excellent ; d'autres sont dans un ordre supérieur, îyant un être spirituel très-pur et intellectuel , comme les inges. Et dans ces natures spirituelles , il y a différents legrés , les unes étant au-dessus des autres. Au-dessus des inges sont les Archanges ; au-dessus des Archanges , les Principautés. Au-dessus d'eux est la seconde hiérarchie \m se compose de trois ordres : les Puissances, les Vertus ?t les Dominations. Au-dessus d'eux tous sont les Trônes ; au-dessus des Trônes , les Chérubins ; au-dessus des Chérubins, les Séraphins; au-dessus de la perfection des Séraphins , il n'y a pas de nature créée. Mais supposé qu'il y eût d'autres millions de degrés , l'être divin serait au-

1 Cap. in , Ecoles, hierarch.

* Cent I , c. lxxvi.

3 I-2,queet. 112, art. I.

dessus de tous , puisqu'il surpasse tout ce qui est créé et tout ce qui peut l'être. Ce qui fait la grandeur de la grâce, c'est qu'elle ne s'arrête en aucun degré de la nature créée ou susceptible d'être créée; elle surpasse toute autre perfection , et elle appartient à l'ordre divin. Quel genre d'excellence incomparable ! De même que le palmier et le cèdre sont classés dans l'ordre des êtres vivants, le lion ouïe cheval dans l'ordre sensitif, l'homme, par sa nature, dans l'ordre des êtres raisonnables, l'ange dans l'ordre spirituel ; ainsi l'âme , quand elle est en grôce , s'élevant au-dessus de toute la perfection de ces degrés, se tient dans le divin et se trouve en quelque sorte classée dans l'ordre de la divinité. Véritablement si parmi les hommes et les anges il n'y avait qu'une seule âme à qui Dieu eût fait cette faveur inespérée de répandre en elle sa grâce, sa grandeur jetterait dans l'étonnement toutes les autres créatures. Les Chérubins s'humilieraient devant elle ; les Séraphins de la nature la plus élevée l'entoureraient de leur vénération; les Trônes et les Dominations courberaient le genou devant elle, comme étant incomparablement plus grande en dignité et plus excellente qu'eux tous. Tout le reste des créatures raisonnables et intellectuelles serait dans l'admiration, à la vue de cet état divin auquel cette créature est élevée.

Pourquoi donc n'estimons-nous pas comme il le faudrait une si éminente dignité? Ce bienfait est-il moindre parce que le bienfaiteur l'accorde à un plus grand nombre? Pour recevoir une décoration ou un titre honorifique , les ambitieux ne reculent devant aucune peine; rien ne leur coûte pour égaler les grands en dignité. Et pour obtenir la grâce qui nous met en quelque sorte au rang de Dieu, nous ne prendrions pas la peine nécessaire quand cette peine est si légère , et nous n'aurions pas soin de la conserver et de la faire fructifier en nous ! On regarde comme un grand honneur d'être de l'ordre de la Toison d'or ou

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