PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE SEPTIÈME
qu'en substance il ne soit pas Dieu, acquiert des propriétés divines; et ce qui est en Dieu substantiellement s'opère accidentellement en lui. Ce saint , pour expliquer la même vérité , se sert encore de l'exemple d'un cachet , à l'imitation de l'apôtre saint Paul, qui, parlant à ceux qui avaient reçu la grâce , leur dit : « Vous avez été marqués du sceau de l'Esprit -Saint 1 . » — « Scellés de cette manière , dit saint Athanase , nous nous rendons participants de la nature divine. » Car de même que le sceau imprime sur la cire toute sa figure, qui, demeurant cire en substance, garde tout ce qu'elle était dans le sceau; ainsi une créature qui reçoit la grâce, demeurant créature, reçoit une forme divine, se fait divine, et devient une image vivante du Créateur , une figure de sa bonté et de sa sainteté. Saint Thomas et les autres Pères emploient une autre comparaison parfaitement choisie , celle du fer embrasé. « Il est nécessaire, dit le Docteur angélique, que ce soit Dieu qui déifie et divinise l'âme, lui communiquant la participation de la nature divine, par participation de ressemblance , comme il n'y a que le feu qui puisse embraser 2 . » Cette comparaison du fer embrasé exprime bien vivement cette communication, ou participation de la nature divine qui se fait par la grâce, et montre comment avec elle l'âme se transforme dans un être divin. Le fer est un métal terrestre , noir , sans éclat , informe , froid, dur et sans activité. Mettez-le au feu; il participe bientôt par le moyen de la chaleur à la nature du feu , et il est transformé en feu , parce que , bien qu'il ne perde pas son être, il ne semble pas être autre chose que du feu , et il en conserve les propriétés. Le feu , en effet , lui communique la lumière et la splendeur qui détruisent sa noirceur et son mat; il lui communique aussi la chaleur et l'activité qui lui font perdre sa froideur et son inertie,
x Bphes.,1.
* 1-2, q. 112, art. 1.
et de dur il devient doux et souple pour qu'on en fasse de lui ce qu'on veut. Ainsi, une créature pécheresse et dénuée de tout bien se déifie avec la grâce, se divinise, participant à la nature et aux propriétés divines. De pécheresse elle devient sainte; de terrestre, céleste; elle était malade, la voilà en santé; elle était laide, elle est belle maintenant; de naturelle elle est devenue surnaturelle; et de misérable, divine, participant aux autres attributs si excellents de la nature de Dieu. Qui donc n'admirerait pas cette merveilleuse transformation et cette excellence à laquelle s'élève une âme par la grâce? Comparons la différence qu'il y a entre le fer froid et gro sier et le fer embrasé, et faisons ensuite, proportion gardée, la comparaison d'une âme sans la grâce avec cette même âme lorsqu'elle la possède.
Cette transformation d'un morceau de fer en feu est une merveille qui nous ravirait d'admiration si elle n'était pas vulgaire; cependant le fer et le feu appartiennent à une même classe de corps matériels et sans vie. Combien donc ne sont pas dignes de notre admiration la transformation et la déification de l'âme par la grâce, puisque nous nous élevons ainsi à la participation , non pas d'une autre nature créée, ni d'un même degré et d'un même ordre , ni d'une nature angélique ou intellectuelle aussi excellente qu'on voudra , mais que , surpassant tout le créé, nous participons à la nature divine elle-même! Si nous comprenons la différence qu'il y a entre le feu et Dieu , nous saisirons aussi celle qui existe entre un morceau de fer embrasé et une âme déifiée et divinisée , qu'on*noûs permette cette expression , quand elle reçoit la grâce , se revêtant, par elle , d'admirables et divines propriétés. Ainsi l'âmé non-seulement reçoit par la grâce la plus sublime dignité de la terre , mais la perfection intrinsèque des plus grandes propriétés possibles. L'homme qui, en faisant un de ces actes si faciles par lesquels on