‹ La prix de la graceChapitre 54 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE SEPTIÈME

acquiert la grâce, pourrait obtenir l'entendement et l'agilité d'un ange , ne perdrait pas une si précieuse occasion. Mais pourquoi parler des propriétés si nobles des anges? S'il pouvait avoir les propriétés des bêtes sauvages, la légèreté des daims, la longue vie des cerfs, la force des lions, quel prix il attacherait au don qu'on lui ferait de semblables avantages ! Or pourquoi faudrait-il moins apprécier les propriétés divines? intolérable insolence des hommes ingrats envers leur Créateur, contempteurs de ses dons et ennemis d'eux-mêmes! Ils feraient cas de l'entendement d'un ange , de la force d'une bête brute , et ils n'estiment pas la nature divine et les très-excellentes et surnaturelles propriétés qu'ils reçoivent par la grâce ! sens ! faut-^il que vous nous trompiez au point de nous faire estimer ces vils biens et ces mesquines conditions des créatures , et nous empêcher d'apprécier les biens divins ! Que notre raison vienne donc convaincre nos sens de mensonge, et que la foi donne un démenti à la nature. Pesons ce que c'est que d'être une âme divinisée, d'avoir cette divine qualité de la grâce , et avec elle d'autres dons suprêmes, et de participer aux propriétés divines. Si Dieu accordait à quelqu'un de choisir parmi toutes les créatures du monde les meilleures propriétés que chacune d'elles renferme, de se les approprier et de s en orner, comme cet homme se trouverait grandement favorisé , et quels riches dons il posséderait, ayant la splendeur du soleil, la force du lion, la vue du lynx, l'ouïe du cerf, l'intelligence d'un chérubin, la beauté des cieux! Et si, après avoir obtenu toutes ces excellences et ces qualités , il les perdait en un instant pour la satisfaction d'un vil instinct , quelle épouvante il causerait à ceux qui le verraient ainsi dépouillé, et dans quel abaissement , dans quelle honte il demeurerait plongé ! Or que sont toutes ces qualités créées auprès des excellent* &\n\nes? Dans )a grâce, il nous est donné, non ^as» ^fc ^w

ticiper à ce qu'ont de meilleur les créatures, mais à la perfection de Dieu.

Et les hommes n'apprécient pas ce bien ! et ils ne l'acquièrent pas ! et ils ne le conservent pas ! Qui donc , en considérant bien cette perte, n'en serait pas profondément troublé? Samson, pour faire plaisir à une femme, perdit la force prodigieuse qu'il possédait. Quelle ignominie! Mais que penser de celui qui , pour procurer un vil plaisir à sa chair destinée à être mangée par les vers, perd, non pas des propriétés matérielles , mais celles de l'être divin? Que les anges jugent de ce malheur, que les anges et les hommes le déplorent. Certainement si les séraphins, au sein de leur bonheur et avec leur substance spirituelle, pouvaient pleurer , il y aurait lieu pour eux de compatir à une telle infortune , en versant des torrents de larmes.

Que l'âme qui , par la grâce , participe à la nature divine considère donc et l'honneur et la perfection qu'elle possède. âme , regardez-vous et admirez-vous quand vous arrivez à cette déification; appréciez ce que c'est que d'être dans cet état divin, et estimant une si souveraine dignité , attachez le plus haut prix à cet être infini dont vous êtes participante. Estimez , aimez , honorez Dieu dont vous partagez l'être à un aussi haut degré , et dans l'image duquel vous êtes si merveilleusement transformée. La ressemblance , dit Platon , est la cause de l'amour; puisque vous êtes si ressemblante avec Dieu, aimez celui dont vous êtes le portrait. Les petits oiseaux se réunissent avec ceux de leur espèce , et prennent plaisir à aller ensemble. Un cheval , à la vue d'un autre cheval , se réjouit. Le jeune agneau aime à se joindre au troupeau qu'il rencontre. Les hommes d'une même condition se recherchent et s'unissent par les hens de l'amitié. Puisque l'âme est divinisée,

Page 1