‹ La prix de la graceChapitre 56 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE SEPTIÈME

Ne faisons pas de tache à son honneur. Ne laissons pas tomber à terre une telle grâce qu'il nous à donnée si libéralement , et ne la recevons pas en vain. Qu'on voie dans toute notre conduite des procédés d'anges. Faisons comprendre par nos œuvres que notre conversation est angélique, et notre commerce divin. Je vous en prie et je vous le demande humblement , que toutes ces prérogatives ne servent pas à rendre plus rigoureux notre jugement et plus terrible notre condamnation ; mais qu'elles nous soient toutes utiles pour nous faire jouir des biens éternels que, par la bonté du Seigneur, nous devons mériter d'obtenir l . * Sachons donc apprécier ce que nous valons. Les philosophes faisaient plus de cas d'être hommes que le chrétien de posséder un être divin. Gela n'est-il pas propre à nous foire rougir? Oui r c'est une honte pour nous que les païens se soient estimés à cause de leur nature plus que nous ne nous estimons nous-mêmes à cause de la grâce. Voyons ce que pensent les philosophes de la seule nature humaine, pour apprendre à estimer la nature divine à laquelle nous participons. Platon 2 , considérant ee au'il y a dans l'homme envisagé au seul point de vue de la nature, dit qu'il est la merveille des animaux divins. Protagore 3 dit qu'il est la mesure de toutes les choses, c'est-à-dire le maximum de tout. Plotin 4 est du même avis; selon lui, l'homme est un ouvrage magnifique qui a toutes les beautés possibles. Trismégiste dit : * L'homme est un animal divin qu'on doit comparer aux habitants du ciel , et il est meilleur qu'eux, ou , pour le moins , il leur est égal ; et ainsi nous pouvons dire que l'homme terrestre est un dieu mortel , et que Dieu, le souverain du ciel et de la terre, est un homme immortel 5 . » Le même philosophe a dit : t L'homme est une

1 Hom. I, in Epis t. ad Ephes.

2 Lib. I , De legibus.

3 Apud Plat., in Theat.

4 Ennead. III , lib. II , cap. xxix.

5 In Pimandro , cap. x.

très-grande merveille, un animal qu'on doit adorer et honorer, qui est passé à la nature de Dieu, comme s'il était un Dieu 1 . * Priscillien a dit que l'âme humaine était de même substance que la nature divine ; et , bien qu'il exagère en cela , il montre la grande estime qu'on doit faire de cette partie si noble de l'homme.

Tel est le sentiment des philosophes sur la nature humaine. C'est pour cette raison qu'ils conseillaient à l'homme de Se traiter comme un être divin. Loin de lui permettre de s'abaisser vers la terre, ils lui demandaient de s'élever sans cesse vers les choses du eiel, disant que, puisqu'il est meilleur que le monde, il ne doit pas plaeer son- cœur dans ce qui est moins bon que lui ; puisqu'il est l'être le plus admirable de la nature , il ne doit pas admirer et vouloir ee qui est au-dessous de sa dignité, et tout le monde est moins que lui. Si donc l'homme, au point de vue purement naturel , est une si grande chose, et si toute l'excellence dont nous parlons en ce moment vient uniquement de sa nature , que n'est-il pas grâce à la nature divine à laquelle il participe? et que ne doit-il pas faire pour correspondre à une telle dignité? Être moins pur et moins céleste que les anges ne suffirait pas. Si l'homme est en soi une merveille de la nature, un prodige divin, et ce qu'il y a de plus excellent en ce inonde , combien n'est-il pas plus admirable par la grâce qui réside en lui ! Certainement il est devenu ainsi trèsdivin, aussi beau et aussi parfait qu'on peut l'imaginer.

1 In A*clep.,càp. m.

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