‹ La prix de la graceChapitre 67 sur 221 · PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE NEUVIÈME

royaume de Dieu est au dedans de vous 1 . .» Et saint Paul, écrivant aux Colossiens, dit : * II nous a arrachés à la puissance des ténèbres et nous a fait passer dans le royaume de son Fils bien-aimé a . » Le concile de Trente 3 entend ces paroles, à la lettre, de la justification, par laquelle nous sommes transférés du péché à l'état de grâce et à la condition d'enfants de Dieu. Et le Seigneur a dit par la bouche de saint Matthieu : « Cherchez d'abord le royaume de Dieu et sa justice 4 », c'est-à-dire la grâce, en vivant selon la justice et en suivant ses inspirations. La grâce s'appelle donc royaume, et royaume de Dieu, par la même raison pour laquelle on l'appelle gloire, à cause de l'éminence, de la plénitude d'un être total et très-parfait qui se communique à celui qui la possède, participant à la nature divine : ce qui est également signifié d'une manière suffisamment expressive par un autre nom remarquable que l'Écriture donne à la grâce, l'appelant la semence de Dieu. De même que la semence est une participation du fruit, et contient virtuellement tout ce que contient le fruit et l'arbre qui porte un tel fruit; ainsi la grâce est une participation de Dieu, et contieut, en la manière que le peut comporter une chose créée, tout ce qu'a Dieu ; et comme Dieu est tout l'être, et la plénitude de la perfection, la grâce y participe; et pour cela elle s'appelle non-seulement i royaume , mais royaume de Dieu, puisque l'homme qui l'a en lui-même, s'élevant au-dessus de tout l'être de la nature,«entre dans une condition royale et se trouve au rang de Dieu, régnant sur tout ce qui est de la nature et du temps, et possédant de cette manière un être si glorieux et si plein qu'on peut dire de lui qu'il est tout l'être, ou au moins au-dessus de tous les êtres qui existent ou qui peuvent exister dans la nature. La même chose se trouve

* S. Luc, xvn.

* Colon., i.

3 Ses*. VI f Decr. justifie., cap. ni.

* S. Matth., vi.

exprimée par le nom de vie éternelle que la sainte Écriture donne aussi à la grâce : « La grâce de Dieu est là vie éternelle * , dit saint Paul. De même que la privation de la grâce s'appelle mort, parce qu'elle détruit l'homme et le laisse sans être ; ainsi la grâce, parce qu'elle donne de la manière que nous l'avons expliqué tout l'être, et l'être divin, s'appelle la vie éternelle.

Vous qui vous donnez tant de peine pour acquérir les honneurs et l'estime du monde, réfléchissez donc un peu; et vous dont le cœur est appesanti et embarrassé par le désir des richesses de la terre , considérez attentivement la vérité. Vous enfin qui soupirez avec une ardeur inextinguible après les plaisirs des sens dont vous êtes affamés, entrez en jugement avec vous-mêmes. Voyez combien est vil et chimérique ce qui est donné en pâture à vos désirs. Votre maladie est mortelle, reconnaissez-le, puisque vous vous nourrissez de ce qui n'est rien, et vous êtes dégoûtés de ce qui est tout. Vous laissez de côté la grâce dont l'être est si parfait, si plein, si supérieur à tout l'être que le monde peut vous donner ; et vous désirez l'être le plus vil et le plus pauvre du monde. Car, outre que par le péché les hommes se détruisent; outre que toutes les grandeurs du monde comparées à la grâce ne peuvent paraître avoir un être ni une consistance quelconque, et n'en ont pas réellement , le dérèglement du cœur humain est jsi grand que ce qu'il désire le plus, ce après quoi il soupire davantage, c'est ce qui a le moins d'être et de substance, comparé, je ne dis pas aux biens surnaturels, mais même aux biens naturels. Que l'intelligence la plus pénétrante réfléchisse et examine s'il est possible de trouver des choses de moins de consistance et d'être que l'honneur, l'argent, les plaisirs, qui sont comme la triple source des tempêtes qui agi-

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