CHAPITRE DIXIÈME
Combien est grande l'excellence de la grâce parce qu'elle donne à l'âme nu être très-spirituel, intellectuel, au-dessus de la nature, un Être auquel est due la vision béatifique.
Exposons maintenant la doctrine d'autres docteurs 1 , expliquant cette participation de la nature divine dont nous parlons, et en quoi consiste la grâce. Voici le sentiment le plus commun et l'explication des théologiens contemporains 2 ; car ici presque tous sont d'accord, sinon dans les termes , au moins pour le fond. La grâce participe à la nature divine dans ce degré suprême qui constitue l'essence de Dieu , qui est un être intellectuel , très-élevé au-dessus de toute autre intelligence et esprit « auquel degré sont dus Comme naturellement la vision béatifique de Dieu et lé bonheur éternel. Ainsi, celui qui possède la grâce est élevé à un ordre intellectuel, suprême et surnaturel, la grâce lui servant de racine et de premier principe , auquel est due ou appartient la béatitude de la gloire et la claire vue de Dieu pour toute l'éternité. De même que la faculté de voler est due à l'oiseau , celle de courir au cerf, celle de raisonner à l'homme , ainsi la faculté de voir Dieu et de jouir de lui est due à la grâce. C'est pour cela que saint Paul a pu appeler la grâce ou charité « le poids de la gloire » , selon l'interprétation de saint Diadoque ; car, de même que la pierre est emportée naturellement par son poids vers lé centre de la terre , et ce centre qu'elle appelle doit lui être donné, ainsi la grâce est naturellement
1 Suàrez , lib. VU De gratia , cap. ] , n. 30.
a Curiel, I-IT, q. 110, art. 3, dub. I, § 20.— Turiànus, opuse. III, dis. if, dùb. 9.