PREMIÈRE PARTIE. - CHAPITRE DIXIÈME
entratnée par son poids vers la gloire, et cette gloire qu'elle demande par sa nature lui est due.
Ce nom de poids de la gloire rend parfaitement la grandeur de la grâce; et, bien que cela m'écarte un peu de mon but, je vais développer cette pensée. Saint Diadoque, considérant ces paroles de saint Paul : « Le moment si court et si léger des afflictions que nous souffrons en cette vie produit en nous le poids éternel d'une souveraine et incomparable gloire * » , entend ce passage , non pas de la récompense de la béatitude , mais de la charité en cette vie , charité que la grâce accompagne. Cette interprétation semble ressortir des paroles précédentes de l'Apôtre, où il parle, non de la gloire de l'autre vie, mais de la rénovation intérieure qui se fait en celle-ci par la $râce , même quand les hommes sont le plus humiliés et le plus affligés extérieurement. Saint Paul dit en effet :* * Encore que, dans nous, l'homme extérieur se renouvelle de jour en jour 2 . » Or, cette rénovation intérieure de chaque jour se fait uniquement quant à la grâce et la charité; car la gloire au ciel n'est pas susceptible d'être augmentée de jour en jour. Et ainsi pour confirmer la manière dont peut se faire cette rénovation , saint Paul ajoute : « Car le moment si court et si léger des afflictions de cette vie produit en nous le poids éternel d'une incomparable gloire 3 » , c'est-à-dire parce que la charité et la grâce, qui est un poids de gloire, s'augmente à mesure qu'on souffre pour Jésus-Christ quelque chose , pour légère et courte qu'elle puisse être. Et tout ce qu'on peut souffrir est court par rapport à la grandeur de la grâce, qui, en toute vérité, peut être appelée pour beaucoup de raisons le poids de la gloire. La gloire , en effet, est donnée au poids de la grâce; il sera accordé à
t II Cor, iv, 17. 1 O-frT-f
* Ibid., 16. -l.VJTL. -A-
3 Ibid., 17.
O ^» O wO u>
chacun autant de gloire qu'il possédera de grâce; et, devant Dieu , quelqu'un ne pèse ni ne vaut qu'en raison de la quantité de grâce qu'il a. C'est pour cela que la main de l'Ange écrivit sur le mur, à l'adresie du roi Balthazar, qui n'avait pas la grâce : « Vous avez été pesé dans la balance, et l'on vous a trouvé trop léger 1 . » De plus, la grâce est d'un tel poids qu'elle contre-balance toutes les iniquités d'un homme. Chose merveilleuse ! Quand bien même quelqu'un aurait fait autant de péchés qu'en commettra l'Antéchrist, et qu'en a commis Mahomet, le plus petit degré de grâce qu'il obtiendrait pèserait plus pour lui ouvrir la porte du ciel que toutes les iniquités du monde pour la lui fermer. Dieu nous considère à cause de ses bienfaits , et sans la grâce , il nous trouvera toujours misérables à cause de nos péchés, comme il a trouvé misérable le roi Balthazar. Mais qu'un homme ait la grâce, à quelque petit degré que ce soit , cette grâce seule fait contre-poids à tous les péchés qu'il a commis. Outre cela, la grâce donne un tel poids â nos bonnes œuvres , si légères et si petites que vous les supposiez , qu'elle leur communique une valeur qui les rend dignes de la gloire éternelle. La grâce est une grande chose en soi ; elle est aussi une grande chose pour la gloire qu'elle apporte avee elle. C'est pour cela que saint Jean a dit : « Nous sommes déjà enfants de Dieu , mais ce que nous serons un jour ne parait pas encore. Nous savons que lorsque Jésus-Christ se montrera dans sa gloire , nous serons semblables à lui , parce que nous, le verrons tel qu'il est 2 . » Comme s'il disait : Par la grâce, nous sommes enfants de Dieu; et, quoique ce soit une dignité incomparable, ce n'est pas tout le bien que la grâce peut produire , car on n'a pas découvert jusqu'ici toute sa force; mais quand on la découvrira et quand il sera donné â la grâce ce qui lui est
1 Dan., v, 27.
' 1 8. Jean, ///, 2.