CHAPITRE DOUZIEME
Comment la grâce sert, eu guise de nature, à ceux qui la possèdent, et combien elle doit être estimée pour cela.
Jusqu'ici nous avons rapporté les sentiments des docteurs qui expliquent ce qu'est, dans la grâce, la participation à la nature divine. Tous ces sentiments peuvent facilement se concilier. La grâce étant une participation de l'être incréé de Dieu, qui ne participe d'aucun autre être supérieur, est un être très-éminent au-dessus de tout être naturel; non point sans doute parce que la grâce a en soi un être indépendant et non participé , mais parce qu'elle participe à un être qui est en soi la plénitude et la perfection de tout être. Ainsi la grâce, parce qu'elle participe de cet être, possède une éminence et une plénitude au-dessus de tout être naturel, en tant qu'elle vaut plus que toute la nature ensemble. Aussi, parce que l'être de Dieu, comme le plus excellent de tous, doit être d'une nature très-excellente, spirituelle, intellectuelle dans un degré très-parfait et suprême, et en même temps bienheureuse ; la grâce qui y participe d'une manière si excellente est un être semblable, très-spirituel, très-intellectuel, auquel la béatitude est due; et elle doit communiquer cet être à celui qui la possède. Et parce que l'être divin, trèsexcellent, très-parfait, très-spirituel, très-intellectuel, et par son essence même bienheureux, doit être et est souverainement saint et infiniment bon; à cause de cela la grâce qui y participe est la véritable sainteté.
J'ajoute maintenant une autre chose sur laquelle les théologiens sont d'accord : cet être de la grâce, si admi-